Les médias s’éveillent au problème transgenre… plus ou moins

Mise à jour 13/02 : Le Huffington Post a publié une tribune d’une soixantaine de signataires expliquant pourquoi il est dangereux de redéfinir le mot « femme » à la faveur des personnes transgenres, avant de se rétracter sous la pression médiatique en affirmant que « les femmes trans sont des femmes ». La tribune est disponible ici.

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À l’été 2017, je devais publier une tribune dans le Monde traitant de l’incompatibilité du mouvement transgenre avec le féminisme. Finalement, la publication a été annulée au motif que le sujet n’était « pas d’actualité ». Grâce à Marguerite Stern, militante à l’origine des collages contre les féminicides, c’est maintenant le cas. Charlie Hebdo, Revue des Deux Mondes, Valeurs Actuelles, Médiapart, Slate, Huffington Post, Têtu Mag… Les médias français s’intéressent enfin au problème transgenre suite au raz-de-marée provoqué par les déclarations de Stern sur les dérives du mouvement transgenre et la pression qu’il exerce sur le féminisme. Pas tous avec la rigueur et l’honnêteté qu’il se doit.

Dans le Monde, Stéphanie Marteau écrit :

C’est une guerre microcosmique mais ultra-violente, qui, depuis une semaine, se mène à bas bruit sur Twitter et Instagram. Une querelle de chapelles qui met en péril le mouvement Collages féminicides, devenu ces derniers mois la vitrine du féminisme activiste dans nombre de grandes villes de France.

Bien qu’elle relate les menaces et les intimidations réelles à l’encontre de Stern et des colleuses, qui partagent son opinion, jusque dans la rue, dans sa conclusion le conflit n’est somme toute pour elle qu’une « querelle philosophico-militante » face à l’urgence des meurtres de femmes par leur conjoint. Elle n’a pas tort, dans le fond. Mais c’est-à-dire qu’il y a de nombreuses féministes qui aimeraient se consacrer aux véritables violences dont les femmes sont victimes, plutôt qu’aux interrogations « philosophico-militantes » que précisément des journaux comme le Monde mettent sous le feu des projecteurs, avec des articles sur la « fluidité du genre » et les ados « ni tout à fait filles, ni tout à fait garçons » dans la complaisance la plus totale. Cela fait des années que les médias de gauche nous bassinent sur la prétendue pluralité des sexes et des identités de genre. Que l’on répète à tous les coins de rue l’affirmation tordue que les femmes trans, des hommes qui ont recours à des artifices vestimentaires et médicaux pour tenter de nous ressembler (quelqu’en soit la raison), sont des femmes à part entière. Qu’on est une femme dans son âme et dans son coeur, que s’entendre dire « elle » au lieu de « il » est une violence insupportable, qu’écrire « protections féminines » et qu’estampiller le symbole du sexe féminin sur les paquets de serviettes et de tampons constitue une offense aux trois-quatre marginales « possédant un vagin » qui ne supportent pas qu’on leur rappelle leur nature.

Il n’y a que deux sexes. La plupart des êtres humains sont des hommes et des femmes, sans ambiguïté notable. Et puis, il y des personnes victimes d’anomalies rares du développement sexuel, plus exactement des aberrations chromosomiques. Point barre. Mais c’est une vérité que presque plus personne n’ose énoncer dans les milieux de gauche sous peine d’être excommunié. Pourquoi ?

Parce que les médias n’ont eu de cesse de tendre le micro à des militants et des associations qui débitent des absurdités en rupture totale avec la réalité sans jamais les avoir sérieusement remis en question jusqu’à ce qu’une « querelle » explose sur un réseau social de personnalités en vogue selon les polémiques. D’un côté, ceux qui ont la rigueur d’exposer plusieurs des pires preuves du problème que pose le mouvement transgenre, comme Revue des Deux Mondes, qui partage ma couverture de l’affaire Yaniv, ainsi que celle du Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter, qui s’est retrouvé privé de fonds au Canada ; il y a ceux qui coupent la poire en deux en départageant les torts, un peu plus à la faveur des militants transgenres, comme Slate. Mais il y a aussi les médias qui, sans surprise, défendent le mouvement transgenre bec et ongles en dégainant leur habituel discours larmoyant sur l’extrême fragilité des personnes trans que la moindre contradiction pourrait pousser au suicide.

C’est le cas d’une tribune de Médiapart, qui débute avec l’éternel mantra mensonger que « les femmes trans sont des femmes », puis procède à du chantage émotionnel en listant toutes les discriminations, vraies ou supposées, dont sont victimes les femmes transgenres. S’ensuit une tirade incohérente sur la pluralité des sexes postulant que les sciences de la vie sont pilotées par des idéologues soumis à une épidémie de « croyances collectives », auxquelles seuls les vilains conservateurs auront recours pour s’opposer au progrès et ramener l’humanité dans les ombres de l’ignorance… Les militants transgenres, eux, sont imperméables à tout biais, évidemment. Ils répandent la lumière sur ce monde, dans la bienveillance et le respect d’autrui :

Il est erroné de voir ce conflit comme une simple « compétition absurde » comme l’écrit Charlie Hebdo, une guéguerre puérile entre des groupuscules sur internet, surtout quand on met en lumière des choses aussi graves que la pression exercée sur les lesbiennes dans le monde réel, comme le rapporte Marguerite Stern dans Nouvelle Veg, pour élargir leur conception de l’homosexualité aux hommes à partir du moment où ils s’auto-proclament femme et lesbienne. J’ai relaté nombre de ce genre de folies dans les pays anglo-saxons, dont on ne cesse d’adopter les obsessions identitaires et rétrogrades sur la race, la religion et le sexe, avec les conséquences que l’on connait sur la société française. Ne pas voir l’ombre du danger des revendications transgenres se profiler sur la France indique au mieux une mauvaise maîtrise du sujet, au pire une grande naïveté. Si Marguerite Stern a décidé de dénoncer ces dérives, c’est bien parce qu’elle en a constaté l’emprise sur son initiative au sein des collectifs de colleuses et sur les murs des villes de France.

Elle n’est pas la seule à se retrouver confrontée à ce militantisme agressif dans le « vrai monde », pour ainsi dire. Vendredi soir, j’ai reçu un coup de fil d’une amie enseignante dans un collège où elle anime un atelier « lutte contre le sexisme ». Ce matin-là, elle participait à une formation sur inscription libre pour enseignants venus de divers établissements, tenue au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, créée par l’Éducation Nationale et intitulée « Stéréotypes hommes/femmes dans les médias ». Les intervenants se composaient des journalistes Isabelle Motrot, rédactrice-en-chef de Causette, et Lauren Bastide, créatrice de la Poudre, une série de podcasts, ainsi que de Laurence Corroy-Labardens, professoresse à la Sorbonne-Nouvelle spécialisée sur les médias.

Bastide consacre une partie de son intervention à la question transgenre, en qualifiant les critiques actuelles du mouvement de « conservatrices » et qui selon elle ne sont énoncées que par des personnes « d’extrême-droite » aussi bien que « fascistes ». Elle explique que « le féminisme, c’est un point de départ, il faut maintenant converger vers un mouvement plus large incluant les femmes trans » et autres minorités sexuelles. En d’autres termes, défendre les intérêts de la moitié de la population mondiale, c’est bien mignon, mais il faut maintenant consacrer nos ressources à une petite minorité d’hommes travestis.

La journaliste défend l’idée d’une multitude de sexes, en prenant pour exemple une femme de sa connaissance née sans utérus. Déconcertée, mon amie fait remarquer que, tout de même, les différences biologiques entres les hommes et les femmes sont nombreuses, et que seules les femmes peuvent porter un enfant. « Donc selon vous, si on naît sans utérus, on n’est pas une femme ? » lui rétorque une enseignante. Ni l’une ni l’autre ne semble comprendre qu’elles parlent d’une anomalie rare. « Je n’ai pas osé le leur dire, » me confie mon amie. Une autre lui cite Simone De Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ! » Un autre enseignant propose d’installer des toilettes mixtes dans les écoles, une idée qui revient souvent au prétexte que les personnes transgenres y seraient protégées.

Il y quelque temps déjà, un collègue enseignant en histoire, qui s’était dit intéressé par le projet anti-sexisme de mon amie, s’était invité dans sa classe pour « sensibiliser » les enfants aux « droits des personnes transgenres », plus précisément leur accès au droit de vote en Inde. « Ça n’avait rien à faire là, » me dit mon amie en revenant sur toutes ces interventions. « Ils ne parlaient presque que de ça alors que nous, avec ma collègue, on apprend aux gamins que si tu es un garçon et que tu veux devenir coiffeur, eh bien tu peux être coiffeur. Le but, c’est de leur expliquer que les mains aux fesses, c’est pas possible, traiter un garçon qui a des amies de pédé non plus, regarder un peu comment les hommes et les femmes sont représentés dans les médias : est-ce qu’on ressemble à ça ? Etc… »

Plus tard, c’est Laurence Corroy-Labardens qui est intervenue auprès des enseignants. « Son discours était bien différent. Elle faisait la distinction entre les différences biologiques et les différences imposées par la société. Elle a par exemple dit qu’il fallait garder à l’esprit les différences biologiques car c’était important dans certaines études. » Corroy-Labardens évoque notamment le fait qu’en médecine, ce sont principalement sur des modèles masculins que l’on teste les traitements, alors que le corps des femmes n’y réagit pas nécessairement de la même façon. De même, les hommes et les femmes ne sont pas atteints des mêmes maladies. En cause : les différences comme le poids, la masse musculaire, le métabolisme, la structure osseuse, etc. L’idée selon laquelle le sexe « binaire » ne serait qu’une invention fantasmée par les bigots ne tient donc pas face au réel.

Cette propagande est proférée par des personnes qui sortent des universités et d’écoles prestigieuses, se croyant décidément très éclairées. « Tout ça manquait de nuance, » opine mon amie. « Pour une formation censée combattre les stéréotypes, je trouve qu’on était en plein dedans. Je ne me suis pas retrouvée dans ce discours. Comme il est à la mode, on ne le remet pas en question et on diabolise le propos inverse : si tu considères les femmes trans comme des hommes, tu es forcément un fasciste. Il y avait un manque de prise de recul face aux polémiques actuelles sur le sujet. »

Il y a quelques mois, sur Twitter, l’association Stop Homophobie m’a menacée d’une plainte pour avoir dit que les femmes transgenres ne sont ni plus ni moins que des hommes. 

Comment une association subventionnée par l’État peut-elle se permettre d’intimider une citoyenne par la menace d’une action légale pour avoir énoncé une opinion qui la dérange ? Et plus qu’une opinion, un fait. Comment l’Éducation Nationale, de son côté, peut-elle missionner des idéologues auprès des enseignants pour aller raconter à des adolescents qu’ils peuvent s’affranchir de la réalité et s’épanouir dans les fantasmes de leur imagination ?

Ce n’est décidément pas là une « querelle de chapelle » ou une « compétition » qui se cantonne aux fins fonds de Twitter, et par ailleurs, le conflit n’oppose pas seulement les féministes aux militants transgenres. Mon amie n’est pas une militante féministe. C’est une enseignante qui s’échine au quotidien à éduquer des enfants issus de milieux modestes mais qui, ce jour-là, s’est heurtée à un mur d’arrogance et de fanatisme politique à mille lieues de la réalité de son terrain. Elle n’a pas été soutenue par beaucoup de monde. Et nous sommes nombreuses et nombreux, dans plusieurs pays, à avoir perdu des soutiens et des amis pour avoir voulu ne serait-ce que débattre de la question transgenre. Aujourd’hui se révèlent toutes les contradictions, toute la confusion de ce mouvement, qui s’en remet dorénavant à des violences inhérentes à sa radicalisation.

Mais tout ça n’est que bagatelles, paraît-il.