La PMA n’est pas une victoire féministe

C’est sans grande surprise que l’Assemblée nationale a voté l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples lesbiens ce vendredi 27 septembre. Ce vote, célébré par moult effusions de joie, est décrit comme une « grande avancée » pour les femmes. Les associations féministes et LGBT, qui ont grandement porté ce projet de loi, s’accordent sur le sujet : la PMA est une question d’égalité sociale, une mesure féministe qui permet aux femmes de contrôler leur fertilité comme elles l’entendent. Elle serait un moyen de sortir du « modèle hétéro-patriarcal » qui veut qu’il faille un homme pour élever un enfant et former une famille.

Pour l’opinion progressiste, ceux qui s’y opposent sont soit des fidèles éparpillés de feu la Manif pour Tous, soit des droitistes rétrogrades et homophobes. Dans tous les cas, s’opposer à la PMA, c’est prendre le risque d’être remis à sa place par les partisans du progrès, qui semblent malheureusement croire que tout ce qui est innovant et fondamentalement opposé aux modèles et aux principes du passé constitue un progrès moral. À ce progrès s’oppose la droite conservatrice et traditionnelle, qui ne serait qu’un frein aux avancées de l’humanité puisqu’elle cherche à nous maintenir dans l’obscurité des cavernes de l’âge primitif. Dans Marianne, Jacques Julliard écrit :

[G]auche et droite vont perdurer, parce que ce sont deux catégories fondamentales de notre univers politique, et même de notre univers tout court. […] Les deux grands pôles de la vie politique sont l’ordre et le progrès, comme disait Auguste Comte, ou encore l’ordre et le mouvement, comme disait François Goguel. L’un et l’autre sont nécessaires. Il est bon qu’il y ait des conservateurs et des progressistes. Refuser cette latéralisation, c’est choisir la guerre civile. Ajoutons qu’un individu donné n’appartient pas tout entier à un même camp.

Jacques Julliard — Marianne, n°1161, p.4

Je suis de l’opinion que le conservatisme n’est pas l’ennemi du progrès. Qu’au contraire, il est nécessaire pour s’opposer à un progressisme décomplexé qui confond le droit et le désir et qui ne se bat pas tant pour les libertés individuelles que le démantèlement même du principe de société au profit de l’individualisme et du communautarisme. Un progressisme qui refuse d’admettre que le conservatisme puisse apporter des interrogations d’ordre philosophique cruciales au bon fonctionnement de la société. Il est cynique et autoritaire, de moins en moins préoccupé par la nuance et plus soucieux d’écraser les voix dissidentes qui pourraient mettre à mal son expansion. Ce progressisme tolère de moins en moins le pluralisme et remise au placard l’idée visiblement ringarde du débat même, car une opinion conservatrice est jugée non recevable par principe.

Il se trouve pourtant qu’une position conservatrice peut se révéler salvatrice face aux idées d’un progressisme profondément dangereux, comme c’est le cas du mouvement transgenre et du féminisme libéral (déni de la réalité du sexe, promotion de la prostitution et de la pornographie, etc). Si le conservatisme s’engonce certes dans une conception du monde frigide par bien des aspects, il peut aussi être le garant de valeurs qu’il est indispensable, comme son nom l’indique, de préserver, à moins de vouloir fabriquer une humanité détachée de sa chair, de sa nature même. En outre, il est actuellement de bon ton de mépriser tout ce qui s’apparente de près ou de loin à la nature quand sa domination par la technologie permet d’acquérir tout ce que l’on désire. Paradoxalement, elle s’auréole de toutes les vertus mystiques quand la forêt amazonienne, si poétiquement décrite comme le « poumon » de l’humanité, part en cendres. La PMA est un exemple criant de ce mépris.

Car au risque de froisser la quasi-totalité des féministes et militants LGBT pour qui le soutien à la PMA est indiscutable, je ne vois dans cette loi aucune « grande avancée » pour la société, encore moins pour les femmes et ce que ce soit pour les couples hétérosexuels ou non, pour la simple raison qu’elle n’est ni un droit visant à remédier à une injustice sociale ni une mesure médicale qui pourrait améliorer leur santé. Au contraire, elle favorise la manipulation biotechnique de leur capacité reproductive, à l’instar de la GPA. En réalité, ces deux pratiques font partie d’une même logique vis-à-vis de la procréation : il s’agit de contourner nos limites naturelles, quitte à éreinter le corps et à tomber dans le déni de notre condition, comme le prouvent les dérives du mouvement LGBT, grâce auquel une députée vient de proposer de supprimer, soit-disant à la faveur des personnes intersexuées et transgenres, la mention du sexe à l’état civil, car elle serait une donnée relative et « inutile » à observer.

Je ne pense pas non plus que l’autonomie reproductive des femmes doive s’affranchir de toute considération pour les hommes dont, aux dernières nouvelles, nous avons encore besoin pour procréer, même par insémination. Je ne comprends pas ce double discours sur l’urgence de responsabiliser les pères si d’un autre côté on trouve tout à fait normal de demander aux hommes d’éjaculer dans un pot et leur souhaiter ensuite bon vent sans rien attendre d’eux. Les hommes qui engendrent de nouveaux êtres en refusant d’en être responsables révoltent pourtant les femmes depuis des siècles. Ce n’est pas tant que l’enfant a besoin d’un père et je ne m’essaierai pas à de la pédopsychiatrie, ce n’est ni mon domaine, ni mon propos. Mais, en cautionnant l’effacement du père dans certains cas, ne cautionnons-nous pas leur déresponsabilisation à une échelle sociétale ?

On n’appelle d’ailleurs pas ces hommes des pères, mais des « donneurs », ce qui est profondément déshumanisant. En 2018, le Figaro rapportait :

Le fait «qu’une part de vous» (le patrimoine génétique des donneurs) soit «quelque part dans la nature» constitue un frein au don pour 42 % des femmes interrogées et 35 % des hommes.

Agnès Leclair — Figaro, 03.11.18

Il ne me semble pas qu’à terme, l’objectif du féminisme soit d’émanciper les femmes de toute relation sociale et affective avec les hommes mais bel et bien de construire une société où les deux sexes jouissent de la même considération en tant que personnes, où l’humanité des uns n’est pas dépouillée au profit des autres. Sous la PMA et la GPA, les gamètes deviennent du matériel à fournir dans le but d’obtenir un produit, l’enfant. Le corps humain des uns devient alors une ressource exploitable pour les autres. Les donneurs ne sont plus des géniteurs mais des fournisseurs de matériel biologique. Comme les stocks de sperme sont cependant insuffisants à l’aube de la PMA pour toutes, le gouvernement prévoit de continuer sa campagne d’appels aux dons. On incitera donc les hommes à se laisser piller d’une partie d’eux-mêmes, par « altruisme », pour créer un nouvel être humain, envers lesquels ils n’auront aucune responsabilité, sauf peut-être lorsque le rejeton atteindra son dix-huitième anniversaire : la levée de l’anonymat des donneurs, vivement réclamée, inquiète des professionnels. Les hommes pourront refuser d’être donneur face à la possibilité que l’enfant qu’il ont engendré puisse venir un jour taper à leur porte pour les connaître ou leur demander des comptes. Malgré tous les efforts déployés pour arguer de l’inutilité de l’homme dans la conception ou le parcours personnel d’un enfant, il se trouve que derrière le donneur fantôme, il existe bel et bien ce qu’on appelle un père ; et qu’il est normal, et même souvent primordial, de savoir de qui on vient, de vouloir connaître les personnes grâce à qui nous sommes là, même si nous n’avons pas besoin d’elles au quotidien.

Par ailleurs, on considère qu’un « vrai » parent est un parent aimant et l’adoption fait figure d’exemple en la matière puisqu’en théorie, on adopte par désir de fonder une famille quand on ne peut en concevoir (parfois parce qu’on ne veut pas). Ce n’est là que du sentimentalisme. On est d’abord un père ou une mère parce qu’on est géniteur. D’ordinaire, l’état civil indique de qui on vient, pas avec qui on forme un foyer idyllique. Ce constat ne dévalorise pas pour autant la dimension affective de l’adoption. Non, être parent ne signifie pas qu’on prodiguera amour et soins. Simplement qu’on a créé un être de notre chair et qu’on a donc des devoirs envers cet être, qu’on l’ait voulu ou pas. Nous organisons notre vie sociale et familiale en fonction de ce principe et si des lois strictes encadrent la filiation, c’est notamment pour enrayer la consanguinité, dont la levée de l’anonymat permettrait de réduire le risque, visiblement plus élevé qu’il n’y paraîtrait…

Il suffit d’écouter le discours « woke » de Jean-Luc Mélenchon derrière qui Danièle Obono se craque le cou à opiner bêtement à l’Assemblée Nationale pour se rendre compte à quel point la PMA fait en réalité partie intégrante de la vision libérale du féminisme.

Les rapports de paternité [et] de maternité sont des faits sociaux et culturels.

Jean-Luc Mélenchon — Assemblée Nationale, 25.09.19

Ce sont là des propos qui contredisent son opposition à la GPA développée plus loin. En effet, si la parenté n’est qu’affaire de liens sociaux, c’est-à-dire, si on n’est parent que par la relation affective qu’on construit avec l’enfant, alors on refuse à une femme qui porte un enfant pour une autre son intégrité physique. Elle n’est pas mère tant qu’elle n’a pas de lien social à l’enfant qu’elle a tiré de sa chair, son attachement au foetus ne peut être que social et non charnel et elle peut donc aisément l’abandonner à une tierce personne sitôt qu’elle l’expulse de son corps. De ce point de vue, le corps d’une femme n’est donc qu’un réceptacle déconnecté de toutes valeurs, principalement affectives. On prône ici le phénomène de dissociation entre le corps et l’esprit, un mécanisme par ailleurs bien connu des professionnels qui prennent en charge les femmes prostituées. Mélenchon affirme que « le corps humain n’est pas une marchandise » mais il ne comprend absolument pas en quoi. Pour lui, il n’y a « pas de vérité absolue » et nous devrions « accepter la splendeur du relativisme ». Si on poursuit le raisonnement, la dignité humaine n’est qu’une affaire d’opinions et de cultures. Pourtant, c’est bien parce que nous ne sommes pas de la matière inerte que nous ne sommes pas des marchandises.

Cette manipulation désincarnée de la procréation conduit ainsi justement à la marchandisation. En Espagne, la PMA rapporte des sommes d’argent considérables. Des groupes privés s’arrachent le business de la PMA comme on s’arrache celui de la GPA aux États-Unis. Les femmes autant que les hommes reçoivent une « compensation » financière sur laquelle les plus pauvres ne cracheront pas. Ainsi, les banques de gamètes ne manquent jamais de stocks. Si la France compte se prémunir de cette marchandisation aujourd’hui, rien n’empêchera d’assouplir la loi dans le futur, toujours au nom du « progrès » et des « droits » individuels et, évidemment, de la liberté d’entreprendre, des arguments qu’il est coutume d’entendre en faveur de la prostitution… et de la GPA dite « éthique ».

La GPA « éthique » n’est elle-même que le versant biotechnique et politiquement organisé d’un business qui se pratique de diverses façons, parfois très violentes comme dans le cas des « usines à bébé » du Nigeria, ou des femmes sont violées à des fins reproductives dans l’objectif de vendre des enfants à des couples, comme en atteste le cas récent des dix-neuf femmes secourues à Lagos. Si la GPA exploite la capacité reproductive des femmes, la PMA non seulement l’exploite mais, d’un autre côté, les rend dépendantes d’une technologie invasive et risquée pour leur santé.

Je suis opposée à la PMA, même pour les couples hétérosexuels. Selon moi, il s’agit d’une médicalisation, ainsi qu’une reprise de pouvoir des biotechnologies sur le corps féminin. J’y perçois même une perte d’autonomie des femmes et en particulier des lesbiennes, qui pourraient très bien s’organiser autrement pour avoir des enfants. Elles le font d’ailleurs depuis des siècles. Résoudre le problème de la stérilité par la médecine et les biotechniques me semble être une erreur. Beaucoup ignorent également le fait que c’est une opération dangereuse, qui présente des risques thérapeutiques, et en plus qui ne réussit pas à tous les coups. Le taux de réussite est de 15% par insémination.

Marie-Jo Bonnet — Marianne, n°1176, p.25

La PMA devrait faire pousser des cris d’orfraie aux partisans d’un féminisme « évolutionniste » selon lequel les femmes ne seront vraiment maîtresses de leur destin que lorsqu’elles seront libérées de leur capacité reproductive, notamment au moyen d’utérus artificiels. En d’autres termes, que leur nature même constitue une oppression. D’un autre côté, ces deux modèles de procréation grâce à la technologie partagent le même principe d’aliénation. La dépendance des femmes aux biotechnologies promet surtout de les rendre étrangères à leur propre corps, envers lequel elles seront démunies en l’absence de toute technologie, et moins aptes à comprendre leurs limites en tant qu’êtres humains, une source d’humilité et de maturité indispensables à une véritable autonomie et une société où les individus sont conscients de leurs responsabilités envers les uns et les autres, et non pas esclaves de machines qui les désolidarisent. De plus, ce discours « évoféministe » est en réalité misogyne puisqu’il témoigne d’un renoncement à améliorer les conditions de gestion de la maternité, à travers la médecine notamment, la véritable médecine : celle qui doit viser à encadrer la grossesse et l’accouchement de manière à les rendre plus aisées, à réduire les risques pour la santé des femmes. Une médecine qui les soigne, à l’opposé d’une technologie qui pille leur capacité reproductive, épuise et fragilise leur corps, et qui les arrache à leur condition terrestre.

Dans un entretien où elle détaille la façon dont le capitalisme soumet les femmes à une technologie qui, au lieu de les libérer, réprime leur nature, Marianne Durano explique au Figaro :

À force d’exalter la libération par la carrière, certaines féministes bourgeoises, soutenues en cela par tous les adorateurs du PIB, enjoignent aux femmes d’être des employés comme les autres. Et si cela implique le sacrifice d’une maternité épanouie – éternelles célibataires, mères frustrées ou quadragénaires – on nous fait croire que c’est le prix de la liberté! Quand des multinationales comme Google ou Facebook proposent à leurs employées de congeler leurs ovocytes pour repousser leur première grossesse et rester plus longtemps productives, elles sont dans la continuité d’une époque qui demande aux femmes de sacrifier leur féminité pour prouver leur indépendance.

On voit bien ici comment la technique, qui permet à la société de contrôler le corps et la fécondité des femmes, est au service du système capitaliste. En effet, les femmes ne peuvent être mises en concurrence avec les hommes qu’au prix d’une maîtrise technique de leur fécondité. Prendre la pilule jusqu’à 35 ans puis avoir recours à la PMA pour procréer quand l’horloge tourne, prendre des médicaments pour ne plus avoir ses règles ou pour atténuer les effets de la ménopause: ce sont les femmes qui payent dans leur corps le prix de leur prétendue libération. Pendant ce temps, les hommes peuvent continuer à jouir et les patrons à prospérer.

Marianne Durano — Figaro, 20.10.17

Fut une époque où les homosexuels revendiquaient leur fierté de ne pouvoir concevoir et de ne pas être asservis par le mariage. Certains le revendiquent encore. Mais notre modèle de filiation, basé sur le couple hétérosexuel à juste titre, constitue pour la nouvelle génération une injustice. C’est absurde. De la même manière que les hommes et les femmes ne sont pas égaux, puisqu’ils ont des caractéristiques physiologiques différentes et donc des besoins sociaux différents, les couples hétérosexuels et homosexuels ne sont pas égaux et ne peuvent donc bénéficier des mêmes mesures sociales.

C’est là que le discours politique ayant promu la PMA ces dernières années est particulièrement inquiétant en ce qui concerne la GPA : si on envisage la PMA comme un moyen de conception visant à gommer une inégalité entre différents modèles de couples, alors on peut conclure que les couples d’hommes doivent aussi pouvoir avoir recours à un mode de conception qui pare à une impossibilité matérielle. C’est d’ailleurs l’argumentaire des défenseurs de la GPA, qui ont évidemment apporté leur soutien à la PMA pour toutes : le mot « égalité » est sur toutes les lèvres. Or, la PMA pour toutes ne pallie pas à une inégalité sociale, mais naturelle : la procréation seule ou entre personnes du même sexe est une impossibilité matérielle (ce qui rend le remboursement de la PMA par la Sécurité sociale aberrant).

L’égalité, en réalité, ne peut se concevoir qu’en droits humains et civiques et doit comprendre le principe d’équité. La conception d’un être humain ne peut constituer un droit civique que si on estime d’abord qu’il existe naturellement un droit à l’enfant.

Les droits de l’homme n’ont pas été inventés, mais déduits de l’observation de la nature humaine. C’est parce que l’homme – comme le savaient déjà les philosophes grecs – n’est pas un animal ni un ange, mais l’union d’un corps et d’un esprit, c’est parce qu’il est un être, vivant, social et spirituel que tout ce qui répond à ces caractères est un bien, et doit être protégé, et tout ce qui y fait obstacle – la mort, la maladie, la solitude, l’erreur – est un mal et doit être repoussé. C’est pourquoi les droits de l’homme protègent l’intégrité physique, la vie et la faculté de la transmettre en fondant une famille, les libertés sociales d’association et d’expression, ainsi que les libertés de l’esprit (pensée, conscience et religion). Les droits de l’homme sont naturels en ce qu’ils sont déduits de la nature humaine. Nul ne peut prétendre – ou ne pourrait prétendre – les avoir créés, ni les modifier. […] Parce qu’ils trouvent leur origine dans la nature humaine, la dignité et les droits naturels de l’homme sont qualifiés d’«inhérents» dans la Déclaration universelle ; cela implique qu’ils ne sont pas concédés par l’État, mais qu’ils lui préexistent et que l’État doit les respecter pour respecter l’homme. Cela est parfaitement exprimé dans la Déclaration américaine des droits et devoirs de l’homme (Bogota, 1948) qui déclare que «les droits essentiels de l’homme n’ont pas leur origine dans le fait que celui-ci est ressortissant d’un État déterminé, mais reposent avant tout sur les attributs de la personne humaine».

Grégor Puppinck — Figaro, 10.12.18

Avec la PMA, on considère donc que l’État a le devoir de fournir à ses citoyens tous les moyens possibles d’obtenir un enfant, quand en réalité il doit être le garant de leurs droits naturels, dont la conception technologique d’un enfant ne fait pas partie. La PMA est donc une fausse lutte : puisqu’elle ne répond pas au droit humain, elle n’est pas une mesure d’égalité sociale.

On m’opposera peut-être l’IVG, qui, d’un point de vue conservateur, constitue une atteinte à la nature humaine. Je considère que le dépassement de nos limites par la technologie diffère de l’amélioration de notre niveau de vie par la médecine, qui justifie précisément l’avortement, la grossesse étant source de difficultés sociales et médicales qui mettent en péril la santé psychologique et physique des femmes. En outre, on réduirait le taux d’avortements si l’État, en vertu du principe développé ci-dessus, s’assurait de fournir aux femmes qui aimeraient les garder les moyens de les élever.

On m’opposera aussi la souffrance psychologique des femmes qui désirent un enfant de leur chair. J’entends bien et je compatis. Pour autant, je maintiens que tous les désirs ne peuvent et ne doivent être comblés en toutes circonstances, surtout quand ils portent atteinte à l’intégrité et la dignité de l’être humain dans sa chair. Le fait est que l’impossibilité d’avoir un enfant ne constitue pas une injustice sociale, quand bien même elle peut être perçue comme une injustice divine. Nous n’avons pas toujours ce que nous voulons, nous devons tous faire face à des désillusions, à des embûches au bonheur, et nous devons apprendre à gérer les déceptions. Le manque d’enfant n’a pas d’impact direct sur la santé et la vie sociale des femmes. En revanche, puisque les technologies et le marché dont dépendent la PMA portent atteinte aux femmes, je suis convaincue que le féminisme devrait s’élever contre elle et non pas la promouvoir.

L’opposition du courant radical aux dérives du mouvement LGBT qui promeut l’identité de genre et la dévalorisation du sexe « binaire » a pourtant conscience du danger de l’idée selon laquelle les êtres sont indépendants de leur corps et qu’ils doivent pouvoir en faire ce qu’ils désirent, même si c’est pour le mutiler et en fourrager la chair avec toutes sortes d’instruments. Il est pour moi contradictoire de défendre l’intégrité des femmes en combattant la prostitution, la pornographie et les mutilations génitales mais d’accepter leur asservissement et leur violation par des technologies qui se développent grâce à un libéralisme idéologique et économique responsable de l’exploitation de leur corps.

Hélas, la « splendeur » du relativisme nous aveugle plus qu’elle nous éclaire.