Agression de Julie Bindel : l’impunité des militants transgenres au sein de la communauté LGBT

Le 5 juin dernier, la féministe et journaliste Julie Bindel participait à un évènement portant sur les droits des femmes et la violence masculine. À la fin de la soirée, tandis qu’elle quittait les lieux pour se rendre à l’aéroport, un militant transgenre connu sous le faux nom de Cathy Brennan s’est jeté vers elle, l’a injuriée, et a dû être retenu par trois agents de la sécurité présents pour s’assurer du bon déroulement de l’évènement. Si l’incident a été condamné par quelques personnalités et de nombreuses féministes, il a aussi été minimisé par les militants transgenres et des associations LGBT.

« Cathy Brennan » est un homme qui s’identifie comme une femme et qui, à ce jour, ne semble pas avoir entrepris une seule initiative médicale pour devenir la femme qu’il prétend être.

Son pseudonyme n’a pas été choisi au hasard. Il reprend exactement le nom d’une féministe radicale britannique qui s’intéresse depuis plusieurs années aux dérives du mouvement transgenre : un geste délibéré pour semer la confusion sur la véritable identité et les positions d’une féministe dont les propos dérangent. Pour cette raison, à défaut de connaître sa véritable identité, il sera mentionné tout au long de cet article sous son nom de compte Twitter, TownTattle. Cette usurpation d’identité est loin d’être la seule perversité de cet individu.

Lors de l’évènement, TownTattle a pris une photo des féministes invitées à s’exprimer et l’a publiée sur Twitter avec le commentaire « Raclures ». À la fin des discussions, tandis que Julie Bindel se dirigeait vers la sortie, TownTattle lui a fondu dessus. Bindel a confié au journal The Scotsman :

Des hommes m’ont déjà frappée par le passé mais ça n’était pas arrivé depuis longtemps et je savais très bien ce qui allait se passer en voyant la rage sur son visage, et j’en suis vraiment fatiguée. Nous avions eu une belle rencontre ; je parlais de violence masculine envers les femmes et je n’ai jamais évoqué une seule fois les personnes trans. Mais quand je suis sortie, cette personne m’attendait. Il y a avait eu des protestants un peu plus tôt ce jour-là mais ils étaient partis alors il est évident qu’il m’attendait. Il était en train de hurler et de fulminer : « Tu es une sale conne, tu es une grosse salope, une putain de TERF » entre autres choses. On essayait de se rendre jusqu’au taxi qui devait nous emmener à l’aéroport, et il s’est jeté sur moi, il a presque réussi à me mettre un coup de poing mais un agent de la sécurité l’a retenu. J’ai sorti mon téléphone pour le filmer et il est revenu à la charge. Il a fallu trois agents pour le maîtriser. J’étais avec la professeure Rosa Freedman, nous sommes montées dans le taxi et sommes parties mais nous étions très secouées.

Elle détaille l’incident dans le Times dans un article intitulé « L’homme en jupe m’a insultée de nazie ; puis m’a attaquée », une référence à un article paru en 2004 dont le terme « homme en jupe » pour décrire les femmes transgenres, entre autres, lui valent depuis un torrent d’injures, de diffamation et de nombreuses tentatives de sabotage dès qu’elle apparaît en public pour discuter des droits des femmes.

Un homme, portant une longue jupe et une barbe de plusieurs jours, s’est mis à me hurler dessus, me qualifiant de « nazie » et de « raclure TERF » (un acronyme pour « féministe radicale excluant les personnes trans »).

J’avais vu cet homme plus tôt dans la journée lors de protestations. Un groupe d’environ cinquante personnes, de jeunes étudiants « progressistes » avec les franges orange et bleue requises et quelques femmes trans, avaient amené des pancartes avec des slogans comme « Pas de TERF sur notre ter-ter » [Ndla : de l’anglais « turf », territoire] et scandaient « Meurs, raclure cis » (une personne « cisgenre » est une personne qui n’est pas transgenre).

(…)

L’évènement tenu par l’université s’est très bien déroulé bien qu’un groupe de militants transgenres ait tenté de déclencher des bombes puantes dans le hall du bâtiment. Les organisateurs ont dû faire face à des menaces, du harcèlement et des tentatives d’intimidation depuis l’annonce de sa création, principalement parce que j’y avais été invitée. (J’ai en 2004 écrit un article dans lequel je m’opposais à un militant transgenre qui essayait de faire fermer un centre d’aide aux victimes de viol au Canada pour avoir refusé de l’engager comme bénévole). Une partie du personnel de l’université s’est joint aux étudiants, affirmant que ma présence sur le campus causerait « littéralement du mal » aux personnes trans et que je débitais des « discours de haine ».

(…)

Je suis régulièrement qualifiée d’intolérante, de nazie et de transphobe depuis que j’ai écrit cet article en 2004. Peu importent les excuses que j’ai formulées pour avoir employé certains termes, car à moins que les féministes ne se décident à capituler entièrement pour adopter le mantra de Stonewall qui veut que « les femmes trans sont des femmes », nous restons qualifiées de « transphobes intolérantes ». Ma vision de la transsexualité est que les femmes trans sont des femmes trans, qu’il faut distinguer des femmes de naissance. Il est impossible de changer de sexe, seulement de vivre comme si on appartenait au sexe opposé.

Bindel a finalement décidé de ne pas porter plainte. À la suite de l’agression, TownTattle a publié sur son compte Twitter un message dans lequel il admet avoir agressé la journaliste. Il a en outre maintes fois déclaré sur Twitter que la violence est la seule solution pour combattre les féministes qu’il qualifie de « TERF ». Son compte est dorénavant privé.

« J’ai pété les plombs sur Julie Bindel. Elle m’a filmé. Je suis sain et sauf. »

« J’ai la conviction que les groupes marginalisés ont le droit de résister à leur oppresseur par la violence. Ça ne se limite pas aux personnes trans. Je l’applique à des racistes comme Tommy Robinson et aux misogynes comme Carl Benjamin. Vous n’êtes pas d’accord, pas grave, beaucoup de mes amis ne le sont pas non plus. »

« S’il y a des alliés cis qui croient que la violence envers les transphobes « va trop loin » alors vous admettez que vous voudriez voir les personnes trans se défendre avec les mains attachées dans le dos. »

« Ça a toujours été un combat. La personne qui parle est Miranda Yardley, qui m’a harcelé moi et mes amis l’an dernier. Les TERFs s’en sortent systématiquement et c’est pourquoi je ne m’excuserai jamais d’avoir certaines opinions, disons, ‘extrêmes’. »

« Meghan Murphy est une TERF notoire et prendra la parole au Parlement Écossais parce que ses membres transphobes l’ont invitée. J’espère que quelqu’un apportera un milkshake. »

« S’il y a des alliés trans à la Marche des Fiertés de Londres en ce moment, vous devez agir et débarrasser les ordures TERF. Confrontez-les. Faites-leur peur. Le débat ne marche pas alors bousillez-les.

« Si vous voyez ces transphobes à la Marche des Fiertés de Londres, assurez-vous de leur faire vivre l’enfer. »

« Tabassez-les. » [En réponse à : « Ils ont autorisé un groupe de TERFs à débuter la parade de la Marche des Fiertés à Londres, et maintenant… »]

« Tara Wolf a été jugée coupable, ce qui veut dire que le combat contre les TERFs doit s’intensifier. »

Dans un article pour The Skinny Mag, TownTattle déplorait la participation à la Marche des Fiertés de l’association lesbienne Get The L Out, envers laquelle il appelle à la violence dans les captures d’écran ci-dessus. Dans l’article original, il réitérait son appel à la violence. L’extrait sera finalement modifié par la direction du magazine de manière plus acceptable.

(…) J’ai été beaucoup critiqué pour avoir réclamé que l’on agisse contre les TERFs par la violence. Par « critiqué », j’entends que j’ai été harcelé pendant plusieurs mois sur Twitter par quelqu’un qui habite vraisemblablement à Edimbourg. Bien que mes commentaires aient été extrêmes, je maintiens ce que j’ai dit car l’objectif de Get The L Out était d’envoyer le message aux personnes trans qu’elles n’étaient pas les bienvenues à un évènement où elles auraient dû se sentir en sécurité. Selon moi, leurs actions constituent déjà une forme de violence dont les conséquences se répercuteront sur le long-terme.

Peu après l’agression, LGBT+ Labour Scotland, qui représente les personnes LGBT du parti travailliste en Écosse, à publié un message de soutien aux personnes trans dans lequel l’association condamne Julie Bindel, toujours pour les propos qu’elle a tenus en 2004. De nombreuses personnes ont dénoncé cette déclaration, qui a été interprétée comme une justification de l’agression de Bindel. L’attaque ne sera mentionnée et condamnée que dans un second tweet des heures plus tard, l’association affirmant qu’il condamne les violences envers « toutes les femmes ». Le lendemain de l’évènement, l’intégralité des membres du réseau LGBT de l’Université d’Edimbourg ont démissionné de leurs fonctions, accusant le personnel de l’université de ne pas s’être « opposé à la haine transphobe sur le campus », ignorant purement et simplement l’agression de Bindel.

Ce que ces associations LGBT refusent d’admettre, c’est que Julie Bindel n’a pas été attaquée par n’importe qui, mais par un homme. Un homme qui a publiquement appelé au lynchage de femmes féministes, preuves à l’appui. Ce n’est rien de nouveau et rien que le mouvement féministe ne dénonce pas déjà depuis des décennies. Pourtant la communauté LGBT dans son ensemble refuse de condamner ces agressions pour ce qu’elles sont, des violences masculines. Elles sont minimisées, quand elles ne sont pas tout simplement ignorées, au prétexte qu’elles sont minoritaires et ne représentent pas les femmes transgenres. Cela sous-entend qu’il existe une différence fondamentale entre les hommes et les femmes transgenres. Mais qu’est-ce qui distingue un homme violent et misogyne qui prétend être une femme d’un homme violent et misogyne ? Sa jupe ?

Si les associations et les personnalités LGBT se soucient vraiment des violences envers les femmes, elles doivent cesser de fermer les yeux sur ces dérives idéologiques. Si elles ont à coeur de prouver leur engagement dans la lutte contre les violences, elles doivent faire tout ce qui est possible pour endiguer l’extrémisme qui gangrène et décrédibilise leur mouvement. Leurs homologues français doivent s’emparer du sujet, car il ne doit pas laisser indifférent à l’international. On ne peut pas revendiquer notre solidarité avec toutes les femmes du monde sans s’intéresser à ce qu’elles vivent chez elles. Si ce schisme entre le mouvement féministe et LGBT dans le monde anglo-saxon ne s’exprime pas (encore) aussi violemment chez nous, l’idéologie transgenre, bien que minoritaire, s’impose de plus en plus dans nos milieux journalistique, universitaire et politique. Et ça n’annonce rien de bon.