Coïts, Andrea Dworkin : la domination masculine expliquée à la racine

Féministe radicale de renommée, l’américaine Andrea Dworkin est connue principalement pour son opposition à la pornographie dans les années 1970 et 1980, notamment aux côtés de la juriste féministe Catherine MacKinnon, avec qui elle a tenté de faire reconnaître la pornographie comme une violation des droits des femmes. Elle a consacré à cette industrie un ouvrage, Pornography: Men Possessing Women (1979), puis en 1987 est publié Intercourse, une continuation de son travail sur la violence sexuelle qui interroge la façon dont s’exerce la domination des femmes par les hommes au moyen du rapport sexuel lui-même. Cette année paraît pour la première fois une belle traduction française de cet ouvrage par Martin Dufresne, intitulée Coïts, maintenant disponible dans les librairies françaises. Merci aux éditions Syllepse de m’en avoir accordé une copie.

Ce qu’on retient d’abord du travail d’Andrea Dworkin, c’est la crudité de son style. Les débats qui entourent la pornographie et la prostitution sont le plus souvent édulcorés, froidement discutés en termes de statistiques et de concepts académiques qui ôtent au sujet toute la dimension matérielle de ce qu’implique une activité consistant à se faire pénétrer plusieurs fois par jour par la bouche, l’anus et le vagin. Dans Coïts, Andrea Dworkin parle de « la baise » sans détour, articulant une analyse des violences sexuelles qui ne s’intéresse pas tant aux chiffres et aux mots-clé qu’à ce qui constitue la violation et la dégradation des femmes dans toute leur corporalité. La critique de la prostitution, quand elle s’appuie sur des exemples dérangeants tels que les propos dégradants des clients à l’égard des prostituées, est souvent balayée au prétexte qu’elle propose une vision mélodramatique, vulgaire et voyeuriste de ce qu’on nomme le « travail du sexe ».

Mais quand la parole des clients est relayée par les médias, c’est une facette victimaire et polie que l’on nous présente de ces visages anonymes. Derrière de grandes idées de liberté et d’indépendance et les exhortations au respect des « travailleuses indépendantes » se cache un égoïsme caractéristique des hommes dans leurs relations sexuelles avec les femmes et la défense du droit imaginaire qui est celui de « l’accès au sexe » revendiqué face à une « misère sexuelle » (l’écrasante majorité des clients étant des hommes, il faudrait croire que cette curieuse précarité ne touche que les messieurs). Parmi les récits recensés par Libération, la seule femme à témoigner est aussi la seule à avoir reculé face à l’affreuse réalité de ce qu’implique un rapport sexuel par la contrainte :

J’ai regardé sur les sites, j’ai choisi. Peu à peu, une pensée s’est insinuée en moi : mais, il va jouer la comédie. Et même s’il la joue bien, ce sera de la comédie. Il va me regarder, m’écouter, me complimenter et plus peut-être, uniquement parce que je l’aurai payé pour cela. Comment vais-je le vivre ? Je pense que la plupart des gens ne se posent pas la question. Moi, je n’ai pas pu l’accepter, ça m’a révulsée. Je me suis dit qu’après, si j’allais jusqu’au bout, je me détesterais. Je ne l’ai pas appelé, j’ai préféré me soûler, la première cuite de ma vie.

Libération — 27.11.13

Mais les hommes qui témoignent multiplient les galipettes morales pour se décharger du sentiment de culpabilité qu’ils déplorent l’opinion publique de leur infliger. Ils rejettent la responsabilité de leur comportement sur le « choix » des prostituées, y compris celles dont ils détectent l’immense détresse qui les poussent à se vendre, eux-mêmes étant incapables d’interroger le caractère immoral du choix véritablement libre qu’ils font de louer des corps. Seul leur désir compte et, même quand un des témoins prend conscience des gestes « mécaniques » des prostituées qu’il fréquente, de leur détresse, il méprise celles et ceux qui prétendent leur porter secours :

Même quand il n’y a manifestement pas d’épanouissement, ne serait-ce pas totalitaire de décider à la place de personnes adultes de ce qui est bon pour elles ? Forcerait-on une fumeuse à arrêter la cigarette ? Forcerait-on un mari malheureux à divorcer de son épouse ?

Libération — 27.11.13

Louer le corps d’une prostituée constitue donc un droit, mais sortir les femmes de la prostitution, même les plus malheureuses, est assimilé à du totalitarisme car les clients estiment froidement que, malgré leur malheur, les femmes choisissent librement de vendre des actes sexuels. Le coït, entre les prostituées et les clients, est perçu par ces derniers comme un service, une tache ingrate mais somme toute banale, banale comme fumer des cigarettes, en ce qui concerne la femme prostituée. Mais en ce qui concerne l’homme client, le coït est un besoin, un contact qui console leur âme en peine et leur procure une chaleur humaine. Il est dissocié de l’humanité de la femme qui le vend à l’homme quant lui en revanche reste un être humain dans toute sa complexité, avec des droits et des désirs, des rêves d’amour et de tendresse. Sa « misère sexuelle » constitue une grande souffrance qui doit être apaisée grâce à des « services » mais on considère qu’une femme qui se résout à vendre son cul pour survivre est douée d’une sagesse lui permettant de mettre de côté sa propre douleur pour se mettre au service de ces pauvres hommes en détresse sexuelle. Ce qu’on appelle une « femme forte », sans doute…

La dissociation déshumanisante entre le corps et l’esprit, l’égoïsme de l’homme et l’érotisation de la violence constituent les axes principaux de l’analyse du rapport sexuel en tant qu’acte de domination dans Coïts. Dworkin examine les mécanismes de la violence sexuelle en s’intéressant à la façon dont le rapport sexuel est codifié dans la société américaine mais son analyse peut s’appliquer au reste du monde de manière générale. Dworkin identifie les rouages de la domination sexuelle qui s’exerce par la prostitution et la pornographie mais aussi par le mariage, à une époque où le viol conjugal n’était pas encore reconnu légalement par tous les États-Unis. L’argument principal de son oeuvre est parfois faussement interprété comme l’idée que le rapport sexuel entre un homme et une femme constitue nécessairement un viol. Dworkin a réfuté cette lecture.

Je pense que le sexe ne doit pas placer la femme dans une position subordonnée. Ce doit être réciproque et non une agression par un homme qui ne cherche que son plaisir. C’est mon argument.

Andrea Dworkin (2000)

Récemment, lors d’une conversation houleuse avec une femme se décrivant comme une féministe intersectionnelle où j’arguais que l’analyse féministe doit prendre pour axe principal les rapports de sexe, je me suis vue répondre que ce point de vue était inconcevable et que la question du sexe, dans le féminisme, ne peut primer sur les questions de classe et de race ou de culture et de religion, au nom du respect des identités individuelles.

Ce discours récurrent relève un déplacement théorique inquiétant : les féministes intersectionnelles revendiquent une sororité de façade puisqu’elle ne trouve racine que dans la valorisation des différences entre les femmes. L’idée du sexe en tant que principe fondateur d’un mouvement nommé d’après leur nature (femina – femme) ne leur plaît pas autant que tous les facteurs qui les séparent. On se demande si elles n’auraient pas tout intérêt à renommer leur mouvement « intersectionnalisme » et de laisser le femina aux féministes.

En réalité, cet outil théorique qu’était au départ l’« intersectionnalité » démontre aujourd’hui ses limites, car elle relève dorénavant plus d’un idéal naïf et dogmatique que de l’analyse sociale réelle, où les coupables sont tout désignés au sommet d’une hiérarchie figée, accusatrice et victimaire. Les enjeux ne sont plus académiques mais politiques : de plus en plus, le féminisme intersectionnel s’impose d’autorité dans les universités et les partis politiques comme un modèle social assez prétentieux pour prétendre résoudre toutes les inégalités du monde. Dans ce combat démultiplié, l’analyse féministe s’appauvrit au profit d’une lutte antiraciste charlatane aux revendications identitaires. C’est un mouvement qui interdit de s’interroger sur la condition des femmes du monde entier sous prétexte que nous avons des cultures différentes. La question du sexe n’est tout simplement plus abordée.

Si Andrea Dworkin n’a jamais négligé la question du racisme et de la précarité dans son travail, elle propose dans Coïts une analyse des violences sexuelles à la racine des rapports entre les hommes et les femmes : (roulements de tambour) le sexe. Les idées qu’elle avance ne séduiront probablement pas les féministes intersectionnelles, par ailleurs : Dworkin réinsère l’humanité dans le rapport sexuel par le désir d’amour, d’intimité, de partage. Il existe encore aujourd’hui un discours féministe « pro-sexe » diffusant une idée du sexe foncièrement déconnectée de l’affect, dont le noyau est le plaisir, mais un plaisir périssable et dénué de toute signification. Ce courant revendique une sexualité égocentrique, « sans sentiments », encourageant les femmes à user de leurs corps et celui des autres comme un outil de plaisir (à l’instar des hommes), incapable de s’interroger sur le rapport humain dans le rapport sexuel.

Loin de promouvoir une vision romantique des femmes dans le rapport sexuel (souvent décriée par le mouvement « pro-sexe »), Dworkin rappelle que les femmes n’ont pas seulement manqué de plaisir dans leurs relations aux hommes mais d’amour, de considération, de respect, de tendresse et d’amitié. Que c’est au contraire dans la haine et la déshumanisation que les hommes les ont baisées, en témoignent l’érotisation de la violence dans la culture populaire, l’apologie de la prostitution et la tolérance à l’égard de la pornographie. Elle replace l’humain dans le rapport sexuel entre deux personnes, et dénonce l’égoïsme froid avec lequel le plaisir est théorisé et pratiqué par les hommes.

La pression sociale à la conformité est féroce, omniprésente et vertueuse. Ce chauvinisme simpliste pro-sexe tant de la droite que de la gauche fait disparaître le sens véritable de l’affirmation d’une vie humaine, ou toute perception de sa complexité, de l’enchevêtrement des émotions en jeu. […] Il n’y a aucune imagination dans une conformité sexuelle proche du fétichisme ; et le discours politique sur le sexe ne laisse personne s’interroger au sujet de l’espoir et du chagrin, de l’intimité et de l’angoisse, de la communion et de la perte. L’imagination est un processus à la fois dynamique et subtil, un mode de cognition inégalé pour révéler les sens cachés de la réalité d’aujourd’hui et les contours probables de celle de demain. 1

Dworkin identifie le rapport sexuel comme étant strictement codifié par la culture et les lois d’une société. Le coït qui se pratique derrière les portes closes, dit-elle, n’a rien de privé. Elle déplore le manque d’imagination de comportements sexuels encouragés à tort et à travers, au prétexte que le sexe est forcément une bonne chose « que l’on se doit d’aimer : une valeur morale ; un indice de santé humaine ; presque un critère de citoyenneté », sans vraiment s’intéresser à la nature même de l’acte, ce qu’il exprime de notre humanité. À droite, on demande aux femmes de satisfaire leur mari dans le cadre du mariage. À gauche, on encourage les partenaires multiples.

L’imagination n’a rien de synonyme au fantasme sexuel : celui-ci se résume, misérablement, à une bande magnétique programmée pour défiler et se répéter en boucle dans un esprit en proie à la narcolepsie. L’imagination, elle, invente de nouvelles significations, de nouvelles formes ; des valeurs et des gestes complexes et emphatiques. L’imagination propulse dans un monde de possibilité et de risque, un monde distinct de signification et de choix ; pas dans un dépotoir vide, envahi de symboles manipulés pour évoquer des réactions réflexes.2

La façon dont on parle du sexe tend à déconnecter le corps de la personne, comme s’il était un objet que l’on détient, alors que nous sommes notre corps. Le discours pro-prostitution et pro-pornographie banalise le rapport sexuel, minimise son impact psychologique. Il encourage la dissociation, pourtant caractéristique du trauma lié aux violences sexuelles. Il fait du rapport sexuel un objet de consommation et un labeur que certaines féministes auto-proclamées n’hésitent pas à comparer au métier de caissière. Nous sommes incapables de penser le sexe autrement que comme des automates, comme si faire une fellation n’était pas plus différent que de planter un clou dans une planche.

La réduction du vocabulaire de l’affect à des jurons sexuels dénature la complexité de l’interaction humaine en détruisant les mots qui lui donnent vie. L’expression « sexe-négatif » ou « anti-sexe » est la version séculière contemporaine du raisonnement par l’absurde, moyen traditionnel de rejeter ou de discréditer des idées, et notamment des critiques politiques, qui risquent d’entraîner la détumescence. On qualifie d’anti-sexe les critiques du viol, de la pornographie et de la prostitution, sans nuance ni examen, peut-être parce que tant d’hommes utilisent ces ignobles voies d’accès et de domination pour baiser et que, sans elles, le nombre de coïts chuterait au point où les hommes pourraient se retrouver quasi chastes. On constate ici et maintenant une pauvreté affligeante : pauvreté de langage, de mots exprimants de réels états d’âme ; pauvreté de recherche, de questions ; de sens, d’empathie affective ; d’imagination. Nous sommes donc en déficit de mots au sujet du sexe, même si nous en parlons constamment pour dire à quel point nous l’aimons — presque autant, pourrait-on dire, que le jogging.3

Le coït, démontre Dworkin, quel que soit le cadre dans lequel il est pratiqué (mariage, pornographie, prostitution…) est défini tout entier par un rapport de domination de l’homme et de soumission de la femme. Ce sont les hommes qui baisent les femmes, ce sont les hommes qui les « prennent », ce sont eux qui pénètrent, qui envahissent. La femme doit être à disposition et l’homme doit la baiser. C’est sa prérogative, son droit, en vertu de sa supériorité.

La baise normale par un homme normal est interprétée comme un acte d’invasion et d’appropriation, entrepris en mode de prédation : un acte colonisant, contraignant (viril) ou quasi violent ; l’acte sexuel, de par sa nature, selon la croyance de qui se fait l’interprète des évènements et des valeurs. Les deux systèmes conceptuels, le théologique, et le biologique, sont fidèles au principe sacré de la domination masculine et maintiennent que le coït est l’expression élémentaire (et non conditionnée) du masculin et du féminin, qui sont à leur tour les essences élémentaires (non conditionnées) des hommes et des femmes. […] En d’autres mots, les hommes possèdent les femmes quand les hommes baisent les femmes parce que tous deux font par là l’expérience de la virilité de l’homme. Voilà la stupéfiante logique de la domination masculine. Dans cette optique, qui est l’optique dominante, la masculinité est agressive et violente ; et donc la baise, où l’homme et la femme éprouvent tous deux la masculinité, exige essentiellement l’effacement de la femme en tant que personne ; donc, en étant baisée, elle est possédée, cesse d’exister comme individu distinct, est subjuguée.4

Mais Dworkin va plus loin, en examinant la façon dont les femmes elles-mêmes entretiennent ce rapport à la domination masculine, convaincues de la véracité de cette idée du rapport sexuel ne pouvant être vécu que comme une conquête : un rapport de force entre dominant et dominée.

Pour les femmes, être possédées constitue le rapport sexuel appelé à répondre au besoin d’amour ou de tendresse ou d’affection physique ; cela en vient donc à signifier, à illustrer l’intensité du désir ; et l’appropriation érotique par un homme qui vous prend et vous baise est une affirmation physiquement chargée et importante de la condition féminine ou de la féminité ou du fait d’être désirée. Cette réalité de l’appropriation et de la baise — en tant que vécu homogène aux plans social, politique, économique et psychologique — encadre, limite, détermine les paramètres de ce que ressentent et vivent les femmes dans le rapport sexuel. Être cette personne sujette à l’appropriation, baisée, signifie devenir quelqu’un qui vit la sensualité dans le fait d’être possédée : dans le toucher du possesseur, dans sa pratique de la baise, aussi indifférente soit-elle à la complexité ou à la subtilité de notre humanité. Comme la capacité d’une femme à ressentir du plaisir sexuel se développe dans les confins étroits de la domination sexuelle masculine, il n’existe pas en elle d’être distinct — conçu et alimenté quelque part ailleurs, dans des circonstances matérielles différentes — qui hurle pour s’échapper. […] Donc les femmes ressentent la baise — quand elle fonctionne, quand elle les submerge — en tant que possession ; et elles ressentent la possession comme profondément érotique ; et elles valorisent l’annihilation du soi dans le coït comme preuve du désir ou de l’amour de l’homme, de son ineffable intensité.5

Baiser quelqu’un, dans le registre populaire, évoque un rapport de force, d’humiliation, qui trouve racine dans les rapports de sexe. Le coït, tel qu’il est pratiqué, est donc un acte de domination. Les femmes se prostituent parce que c’est leur seule marge de manoeuvre dans un monde d’hommes : elles ne peuvent vivre et survivre qu’en acceptant, en désirant même, leur domination, puisqu’elle sont persuadées de n’avoir d’autre destin que d’être soumise aux hommes. Encore aujourd’hui, le discours pro-prostitution inverse la réalité en faisant croire aux femmes qu’elles peuvent s’épanouir dans l’assujettissement sexuel et rester libres tout à la fois.

Selon Dworkin, c’est l’incroyable exploit du système patriarcal, le meilleur système d’oppression jamais créé puisqu’il repose sur la participation active des opprimées. En Afrique, par exemple, ce sont les femmes qui pratiquent et maintiennent l’excision et l’infibulation des filles, mais ce sont pour les hommes qu’elles le font. Les femmes qui nourrissent activement la prostitution et la pornographie, qui se laissent avilir par des pratiques sadiques et masochistes sont des femmes qui acceptent d’être baisées, c’est-à-dire dominées. Tout en se convaincant de détenir un pouvoir d’émancipation et de réalisation personnelle puisque c’est par la subordination sexuelle qu’elles s’accomplissent. Se libérer n’est pas si simple : il faut en avoir l’idée véritable.

Les femmes, peut-on entendre, sont stigmatisées par une société bien-pensante à raison de leur sexualité. Mais Dworkin suggère qu’en réalité les femmes sont stigmatisées, c’est-à-dire marquées, par le coït lui-même. Le sexe laisse une empreinte, il a un impact, positif ou négatif. Il n’est pas bon par principe et, s’il est pratiqué dans la contrainte, le mépris et l’indifférence, il marque douloureusement les femmes. Consentir au rapport sexuel ne rend pas le coït appréciable, positif. Les femmes ont toujours consenti à des rapports dont l’expérience se révèle souvent violente, écoeurante, douloureuse. Les hommes qui les baisent sont responsables de cette marque, ce stigma, qu’est le rapport sexuel.

Andrea Dworkin démontre ainsi que la domination masculine est une domination sexuelle en pratique : les hommes dominent les femmes en les baisant. Parce qu’ils chargent l’acte de toute la haine qu’ils ressentent à leur égard, le sexe et la violence sont étroitement liés. Il s’est façonné une norme du rapport sexuel qui, même dans les milieux dits progressistes et libéraux, repose nécessairement sur la domination des femmes par les hommes. Le coït ne peut pas être pensé comme une rencontre de corps robotisés sans âme. Ce sont précisément ces efforts de déshumanisation qui asservissent les femmes. Dworkin appelle à réinventer les rapports de sexe, en commençant par s’intéresser au rapport sexuel lui-même, ce qu’il exprime de notre humanité, et de nos rapports aux autres, dans toute leur complexité. Tant qu’on continuera à tolérer les violences sexuelles que sont la prostitution et la pornographie, on continuera à tolérer les violences masculines. Et on n’en finira pas d’être baisées.

  1. Coïts, Andrea Dworkin (2019)
  2. Idem
  3. Idem
  4. Idem
  5. Idem