Au Canada, un foyer pour femmes privé de fonds après une campagne acharnée du mouvement transgenre

Le Vancouver Rape Relief and Women’s Shelters est le plus vieux centre d’aide aux femmes du Canada et accueille près de 1200 femmes par an. Des femmes pauvres, victimes de viol, prostituées, des femmes qui ont fui des hommes violents avec leurs enfants. Des femmes défavorisées qui tentent de se reconstruire loin des hommes. Le centre recevra cette année ses derniers fonds par la ville de Vancouver, après dix ans d’allocations, pour sa politique de non-inclusion d’individus de sexe masculin.

Le VRRWS a toujours exclu les hommes de ses services, que ce soit concernant les membres du personnel ou l’accueil des pensionnaires, et ce légalement : en 2007, la Cour Suprême du Canada lui a reconnu le droit de n’offrir ses services qu’à des femmes à la suite d’une bataille judiciaire de plusieurs années contre Kimberley Nixon, une femme transgenre que le centre avait refusé d’accueillir. Le VRRWS est dorénavant accusé de discriminer des individus au motif de leur identité de genre. Après une campagne menée par des militants transgenres, dont Morgane Oger, Vice Président du Nouveau Parti démocratique de la Colombie-Britannique (New Democratic Party of British Columbia, abrégé BC NDP), la ville de Vancouver a décidé de priver le VRRWS de ses fonds tant que l’organisation continuerait d’exclure des femmes trans et tout autre individu de sexe masculin selon son identité de genre.

De nombreux militants transgenres ont célébré la décision. Après le vote, Christine Boyle, conseillère municipale, a publié un tweet dans lequel elle accuse le centre d’« encourager la transphobie » et encore un autre dans lequel elle exprime le souhait de voir les fonds revenir à une organisation « inclusive ». Le VRRWS semble dorénavant être le seul centre pour femmes du Canada à ne pas avoir cédé aux pressions de militants transgenres pour accueillir des femmes trans et autres « non-binaires » de sexe masculin, qui peuvent être alors placés dans les mêmes chambres que des femmes victimes de viol et qui ne supportent plus la présence des hommes.

L’idée d’un seul centre d’aide qui n’accueille que des femmes reste pourtant insupportable à Morgane Oger qui, durant l’audience qui a décidé du sort du VRRWS, a déclaré qu’il s’agissait du « dernier centre d’accueil pour victimes de viol en Colombie Britannique qui, à [sa] connaissance, adhère à cette philosophie ». Oger a par ailleurs suggéré au maire de la ville, Kennedy Stewart (ce dernier ayant par le passé qualifié les femmes qui dénoncent le démantèlement des services pour femmes par des militants transgenres de « méprisables ») d’insérer des conditions de contrat « exigeant [du centre] qu’il invite les personnes transgenres et non-binaires lors de ses prises de décisions, que ce soit par rapport à un programme spécifique auquel elles essaient de participer ou par rapport à la teneur du projet global, s’il désire bénéficier des fonds du contribuable ».

Cela signifie que Morgane Oger ne sera satisfait non pas que lorsque VRRWS acceptera d’accueillir du personnel et des pensionnaires transgenres et « non-binaires » de sexe masculin, mais lorsqu’il sera dirigé par ces derniers. Cet objectif est d’autant plus évident que le VRRWS n’a pas été officiellement informé de l’audience qui allait se tenir quant à l’avenir du centre. Ce n’est que par un informant que ses organisatrices ont pris connaissance de cette réunion et ont pu s’y rendre : « Personne ne s’est donné la peine de nous inviter pour expliquer notre position, nos pratiques, notre politique et nos services, » a révélé la porte-parole Hilla Kerner lors de l’audience. 

Nous avons entendu parler de cette audience et de l’intention de nous discréditer vers minuit [la veille de l’audience], par un allié qui se promenait sur les réseaux sociaux. Nous avons beaucoup entendu les mots « impartialité » et « procédure » aujourd’hui. Ces choses ne nous ont pas été accordées à nous, qui sommes votre plus vieux centre d’accueil pour victimes de viol. Nous sommes au service de 1200 femmes par an. Nous abritons 100 femmes et leurs enfants. Nous avons une réputation internationale. Nous venons tout juste de remettre notre contribution à l’enquête nationale sur les femmes indigènes portées disparues et assassinées [National Inquiry on Missing and Murdered Indigenous Women]. Il y a trois mois, nous avons été entendues par la Cour Suprême du Canada dans l’affaire de Cindy Gladue [une femme assassinée en 2015 dont le meurtrier, malgré l’aveu de son crime, a été acquitté]. Et pas un seul d’entre vous ne s’est donné la peine de nous dire « Venez et défendez-vous ».

Hilla Kerner — 13.03.19

Selon toute vraisemblance, il s’agit là d’un coup organisé par Morgane Oger, qui avait rassemblé une petite troupe de militants transgenres dans le but de se constituer une audience à partie unique et de poignarder le VRRWS dans le dos, sans lui donner l’occasion de se défendre. La ville de Vancouver n’a rien trouvé à y redire. À l’issue de l’audience, elle a voté le 14 mars pour mettre un terme aux fonds accordés ces dix dernières années au VRRWS « jusqu’à ce que l’organisation procède à des changements qui s’alignent sur les critères d’allocation et la politique de la ville de Vancouver ».

Durant l’audience, Oger a argué que VRRWS est en violation de la loi et devrait être interdit de fonds publiques, accusant le centre d’un « passif de discrimination envers les femmes transgenres au motif de leur identité de genre et de leur expression de genre ». C’est tout simplement faux. Le VRRWS est dans le droit, non seul entièrement légal, mais aussi moral, de ne restreindre ses services qu’aux personnes de sexe féminin selon la liberté de réunion et d’association. Cette politique ne constitue en aucun cas une discrimination et encore moins un manquement à la loi, comme l’a fait remarquer Hilla Kerner :

Non seulement, nous ne sommes pas en contradiction avec la loi fédérale, ni avec la loi provinciale, mais en [2003], la Cour Suprême de Colombie Britannique a jugé que nous ne sommes pas en violation du code des droits de la personne [selon la loi provinciale, donc]. Il existe une exception similaire à la loi fédérale [qui concerne le Canada tout entier] des droits de la personne. Parce que nous sommes un groupe opprimé et que nous luttons pour l’égalité, nous avons le droit de décider des conditions d’adhésion à notre centre et à qui nous proposons nos services. Nous ne sommes en contradiction avec aucune loi et dire le contraire constitue de la diffamation.

Hilla Kerner – 13.03.19

Morgane Oger a maintes fois été signalé à son parti et dénoncé par des femmes et des féministes qui ont été la cible de ses attaques et de ses accusations de transphobie. Il a entre autres, en janvier 2018, activement recherché l’identité et l’adresse d’une femme qu’il accusait de « discours haineux » pour avoir manifesté avec une pancarte dénonçant les dérives du mouvement transgenre :

Les femmes trans sont des hommes. La vérité ne constitue pas de la haine. Ne croyez pas à ce qu’on dit : l’idéologie transgenre est misogyne et homophobe. Femme n’est pas un « sentiment », un costume, ni la mise en scène d’un stéréotype. Femme est une réalité biologique. Il n’y a aucune raison éthique ou morale de mentir pour cajoler l’égo masculin. Ne m’appelle pas « cis ». Halte au stéréotypes. Je ne suis ni conforme ni non-conforme. Mon préfixe préféré n’est ni cis ni trans. Je suis une femme. Résistons à la novlangue orwellienne.

Une photo de la femme et de la pancarte avait largement circulé sur les réseaux sociaux, incitant Oger à lancer une chasse aux sorcières pour punir l’impudente dont il a « [estimé] qu’elle est allée trop loin ». La femme a été harcelée et calomniée en ligne, ce qui n’a pas empêché Oger de continuer à publier des billets récriminateurs à son sujet, nourrissant effectivement les insultes et les menaces.

Un an plus tard, Oger a maintenant déployé tous les efforts dont il était capable pour fragiliser le dernier centre d’accueil pour femmes du Canada, prétendant oeuvrer contre les « discriminations envers les femmes ». Après l’annonce de la suspension des fonds de VRRWS, il s’est amusé sur Twitter à compter le nombre de donateurs dont le centre aurait besoin s’il perdait l’entièreté de ses fonds (qui s’élèvent à environ 1,1 millions de dollars canadiens par an), titrant son tweet avec ces mots perfides : « Le coût du préjudice ». En clair, Morgane Oger trépigne d’impatience à l’idée de voir un jour la destruction complète de VRRWS, au seul motif qu’il n’accueille que des femmes.

Plusieurs personnes, dont des militants transgenres et des femmes alliées à leur mouvement, ainsi qu’un membre du conseil municipal de la ville, ont par la suite répandu des rumeurs, accusant entre autres le centre de ne pas accueillir les femmes prostituées, ce qui est faux. Hilla Kerner a fait savoir que le VRRWS accueillait des femmes pour la plupart pauvres, amérindiennes et prostituées. Les fonds qui lui étaient alloués par la ville de Vancouver, d’environ 30,000 dollars, servaient à la création et la diffusion gratuite de ressources éducatives publiques et de programmes de sensibilisation qui sont à la portée de tout le monde, y compris les personnes transgenres. Le VRRWS a par ailleurs maintes fois exprimé son engagement à soutenir les personnes transgenres de diverses autres manières. Dans un communiqué paru après la décision de la ville de Vancouver, le VRRWS explique :

Nous ne doutons pas que les personnes dont le comportement ne se conforme pas aux définitions patriarcales imposées par la société de ce que doivent être les hommes et les femmes, y compris les personnes transgenres, souffrent de discriminations et de violences. Les personnes transgenres méritent de vivre dans la sécurité et de bénéficier des droits et des opportunités qui nous sont promis à tous. En ce qui concerne nos services, nous nous engageons collectivement à assurer la sécurité de toute personne qui nous sollicite via notre ligne de crise, y compris les personnes transgenres.

Vancouver Rape Relief and Women’s Shelters – mars 2019

Les organisatrices font aussi remarquer dans ce communiqué que la non-mixité de leurs services est comparables à d’autres associations d’aide aux personnes telles que les sourds, les migrants, les personnes âgées, etc, auxquelles personne n’a demandé d’élargir leurs critères d’adhésion.

Une telle demande de ces organisations serait incompréhensible, vu qu’elle contredit l’essence et l’objectif même de leur travail. Pourtant, c’est ce qui est nous est exigé sous couvert d’inclusivité.

Vancouver Rape Relief and Women’s Shelters — mars 2019

Le VRRWS a été traîné dans la boue et puni pour avoir refusé de céder aux intimidations et aux manigances de lobbyistes transgenres qui n’ont eu de cesse de s’en prendre aux espaces réservés aux femmes et à maintes initiatives féministes au Canada (mais le phénomène s’étend aussi au Royaume-Uni et aux États-Unis). En 2017, l’ouverture de la Vancouver Women’s Library, une bibliothèque d’ouvrages écrits par des femmes, des essais féministes mais aussi des romans et de la poésie, a fait l’objet de protestations agressives par des militants transgenres avançant que la bibliothèque était « gérée par des femmes qui haïssent les autres femmes ». Ils ont demandé le bannissement de nombreux textes féministes, notamment des textes critiques de l’exploitation des femmes par la prostitution et la pornographie. Un homme a déchiré une affiche du S.C.U.M Manifesto (arguant que l’autrice avait pour habitude de « tabasser » des femmes trans, ce qui est évidemment un pur délire) puis, vers minuit, les protestataires ont saccagé des livres en versant du vin rouge sur les étagères avant de partir en volant de l’alcool et en actionnant l’alarme incendie, ce qui aura coûté 500 dollars aux bénévoles qui dirigent la bibliothèque.

La situation des femmes canadiennes s’aggrave jour après jour sous les assauts anti-féministes d’un groupe dont l’objectif n’est clairement pas de combattre les discriminations et d’oeuvrer à la cause des femmes. Le mouvement transgenre tel qu’il est idéologiquement construit, que ce soit dans le monde anglo-saxon ou en France, d’ailleurs, n’est pas un allié de la cause féministe. Il est bâti sur des principes qui nient la réalité matérielle de notre sexe, visant à imposer un système où nous ne serions plus des femmes mais une sous-classe de notre sexe, arrivant en dernière position après les femmes trans, les non-binaires et autres licornes asexuées sans doute. Des hommes (s’identifiant comme des femmes ou des « non-binaires ») sont aux commandes de ces campagnes d’intimidation et de démantèlement des espaces et des lois qui protègent les femmes. Ce qui est arrivé au Vancouver Rape Relief and Women’s Shelters doit susciter une extrême vigilance par rapport aux revendications du mouvement transgenre ainsi qu’une analyse pointue de ses idées, y compris en France. De nombreuses personnes qui s’imaginent agir par « féminisme » et « progressisme » participent à la diffusion de cette dangereuse idéologie. Nous ne sommes donc pas à l’abri de ces attaques sur les droits des femmes.