Gender Recognition Act : la lutte des femmes britanniques pour ne pas être effacées

Depuis plusieurs mois, les féministes britanniques s’opposent à l’assouplissement du Gender Recognition Act, une loi qui en 2004 permettait aux personnes trans souffrant de dysphorie de sexe de changer d’état civil. En 2016, le gouvernement britannique proposait de modifier la loi pour permettre de changer d’état civil sans avoir nécessairement recours à un parcours médical, souhait qu’a exprimé la première ministre Theresa May en juillet 2018. Les personnes qui font la demande d’un changement d’état civil doivent pour l’instant fournir deux certificats médicaux : le diagnostic par un médecin d’une dysphorie de sexe et la preuve que le demandeur vit depuis au moins deux ans en tant qu’individu du sexe opposé. Le mouvement transgenre réclame depuis plusieurs années maintenant une simplification des démarches administratives pour être légalement reconnu comme appartenant au sexe opposé par autodétermination seulement : je dis donc je suis. En France, l’Inter-LGBT réclamait la même chose le 30 juin dernier lors de la Marche des Fiertés, juste après le coup de théâtre d’Arnaud Gauthier-Fawas qui déclarait n’être ni homme ni femme mais non-binaire. Aujourd’hui les féministes britanniques soulèvent un problème majeur : cette mesure, en contradiction avec la notion légalement protégée du sexe, permettrait aux hommes d’avoir accès aux espaces strictement réservés à la gent féminine dès lors qu’ils s’identifieraient comme des femmes. Les débats font rage mais les femmes doivent faire face à la violence inouïe de leurs opposants.

En avril dernier au centre culturel JamJar à Bristol se tenait un évènement organisé par des féministes pour discuter des notions de sexe et d’identité de genre. Des militants masqués du mouvement transgenre ont voulu empêcher la discussion en bloquant physiquement l’accès au bâtiment. La féministe et journaliste Julie Bindel, reconnue pour son travail contre la prostitution, a publié en ligne une vidéo de l’incident dans laquelle elle fait face à ces militants. Magdalen Berns, qui milite sur Youtube, était également présente et a publié une autre vidéo de la confrontation dans laquelle une militante trans hurle sur la féministe Posie Parker pour l’avoir désignée par le pronom « she » (elle) au lieu de « they » (eux/ils). Ce même mois, une autre rencontre organisée par l’association Women’s Place UK à Cardiff au Pays de Galles a été annulée par le Mercure Cardiff Holland House, l’hôtel qui devait accueillir les intervenants, après une campagne de pression par des militants du mouvement transgenre.

Le 13 septembre 2017, des femmes se sont réunies à Hyde Park sur une aire nommée Speaker’s Corner, un site historique du parc en cela qu’il a abrité de nombreux débats pour faire avancer la cause de différents groupes marginalisés, y compris celle des femmes. Plusieurs femmes venaient ainsi participer à un débat intitulé « We Need To Talk About Gender » dans un lieu tenu secret jusqu’à la dernière minute. Mais des militants transgenres se sont également rendus sur les lieux pour les intimider et enrayer le débat. La situation a gravement dégénéré lorsque Tara Wolf, aussi connu sous le nom de Tara Flik Wood, un homme s’identifiant comme une femme, a porté trois coups à Maria MacLachlan, une femme de soixante-ans qui filmait la scène. MacLachlan a été agressée par deux autres hommes, l’un ayant essayé de casser son téléphone, l’autre l’ayant bousculée au sol à l’aide de Wolf qui a alors continué de la frapper après un premier coup porté quelques secondes plus tôt. Ce dernier a été condamné pour agression le 13 avril dernier après un procès de deux jours. Il était accompagné d’un groupe d’hommes masqués en tenue d’assaut avec des chiens de combat ainsi qu’une sono crachant du death metal. Plusieurs de ces hommes ont été identifiés comme appartenant au Class War, un groupe anarchiste dont Wolf fait aussi partie.

Peu de temps avant l’évènement, Wolf avait publié sur sa page Facebook son intention de « casser la gueule aux TERFS », TERF (trans-exclusionary radical feminists) signifiant en français « féministes radicales excluant les personnes trans ». Dans le monde anglo-saxon, les féministes qui osent critiquer le mouvement transgenre et dénoncer ses dérives misogynes sont régulièrement accusées d’être des « TERFS », un terme qui aujourd’hui peut s’apparenter à « fasciste », mais qui ne vise que les féministes. Le soir du jugement, Wolf a changé son nom sur Facebook par « Tara The TERF Slayer » (Tara la Tueuse de TERFS). Plusieurs militants transgenres ont célébré l’agression de MacLachlan sur les réseaux sociaux, y compris l’organisation Action for Trans Health London  qui se décrit comme une association d’aide aux personnes trans. Elle s’est déclarée « fière » des agissements des militants trans présents ce jour-là.

En août dernier, les féministes ont lancé une campagne rappelant que le sexe est une donnée biologique immuable. En effet, un des arguments les plus défendus par le mouvement transgenre est que l’identité de genre l’emporte sur le sexe et que seule l’autodétermination permet de savoir si l’on est un homme ou une femme car le sexe dit « binaire » (homme/femme) serait une construction sociale. Depuis plusieurs années on voit ainsi se propager l’idée que « les femmes peuvent avoir un pénis » et que « les hommes peuvent avoir un vagin ». Cette position anti-science est reprise par de nombreuses féministes françaises, comme je le faisais remarquer au sujet de Jack Parker qui dans son livre sur le cycle ovarien ne cessait de marteler qu’on peut être un homme avec un vagin et une femme avec un pénis. Cet été les féministes britanniques se sont soulevées contre ces propos insensés en collant partout en Angleterre des stickers en forme de pénis roses où on pouvait lire « Women don’t have penises » (Les femmes n’ont pas de pénis). Des groupes féministes comme les ReSisters de Liverpool ont soutenu la campagne et le maire de la ville, Joe Anderson, a déclaré avoir fait appel à la police pour enquêter sur la campagne, comme si dire que les femmes n’ont pas de pénis était un délit. Angelos Sofocleous, qui était rédacteur entre autres pour le journal de l’université de Durham, a été remercié par plusieurs magazines et journaux après avoir re-twitté l’article du Spectator sur le sujet. Des militants du mouvement transgenre ont alors répondu en collant eux-mêmes des affiches interdisant aux prétendues « TERFS » tout accès à leurs espaces féministes et LGBT. Les marches organisées pour les femmes, y compris la Marche des Fiertés, voient souvent défiler des slogans similaires excluant toutes les femmes qui refusent d’accepter les idées du mouvement transgenre, accusées de promouvoir un discours haineux.

Puis en septembre la féministe Posie Parker a fait installer dans la ville un panneau publicitaire figurant la définition du dictionnaire du terme « femme » pour protester contre les déclarations du maire. Adrian A. Harrop, médecin et militant LGBT, a harcelé l’entreprise responsable de l’affichage, Primesight Direct, pour qu’elle retire le panneau publicitaire, au prétexte qu’il était l’œuvre d’une « association transphobe et haineuse » de « propagande ». La compagnie a présenté ses excuses et retiré le panneau publicitaire. Début octobre, Parker a fait afficher un second panneau figurant la définition de « femme » à Birmingham. Elle a débattu avec Harrop à distance sur Sky News, où elle a réitéré l’objectif de sa campagne : rappeler que les hommes ne peuvent pas être des femmes et que cette distinction est essentielle au combat féministe. Sur Twitter, Harrop mène une campagne acharnée contre les femmes qui s’opposent aux revendications misogynes du mouvement transgenre, refusant d’entendre que les femmes trans ne sont pas des femmes, un comble pour un médecin. Il menace et harcèle les militantes jusqu’à leur faire perdre leur position comme dans le cas d’Olivia Palmer, suspendue par le Green Party après avoir été accusée de transphobie par Harrop pour ses propos lors d’un débat intitulé Genderquake auquel elle a assisté parmi le public et dont les invités comprenaient entre autres Caitlyn Jenner et la féministe Germaine Greer. Non seulement peu fier de harceler les femmes sur Twitter, Harrop est connu pour y avoir publié les informations personnelles d’au moins une de ces femmes en lui faisant du chantage :

La solution est simple. Supprime tout ce que tu as publié sur Twitter. Supprime ton compte et disparais de la plateforme. Fais ça et je supprimerai tous les tweets figurant ton nom et ton emploi comme le feront les autres avec les captures d’écran de tes informations personnelles sur Mumsnet.

On veut faire croire que ce sont les féministes qui propagent de la haine et que les militants du mouvement transgenre sont les éternelles victimes de ces femmes. Mais qu’y a-t-il de haineux à s’opposer à l’élection d’un jeune homme de dix-neuf ans pour représenter les femmes du Labour Party, au prétexte qu’il se sent femme ? Qu’y-a-t-il de haineux à s’opposer à ce que des hommes soient placés dans des foyers pour femmes victimes de violences masculines, dans leur chambre qui plus est ? Qu’y-a-t-il de haineux à s’opposer à l’ouverture des compétitions sportives féminines aux hommes quand les avantages de leur physiologie leur permet de battre les femmes ? Qu’y-a-t-il de haineux à s’opposer à la mixité des prisons quand des hommes, déjà inculpés pour viols, agressions et pédophilie sont transférés dans les prisons pour femmes où ils les agressent encore ? Qu’y-a-t-il de haineux à s’opposer à la mixité des bains publics, des vestiaires ou des douches quand des hommes s’infiltrent dans l’intimité des femmes ? L’agression de Maria MacLachlan par Tara Wolf n’était-elle pas un geste de haine ? Quand des militants du mouvement transgenre souhaitent le viol et la mort aux femmes, n’est-ce pas là de la haine ? Quand ces militants exposent une galerie sanglante appelant au meurtre des féministes qui osent leur tenir tête, n’est-ce pas de la haine ?

Si le Gender Recognition Act permet aux hommes de s’identifier comme des femmes sur le principe de l’autodétermination, les femmes ne seront plus en sécurité. Les violences dont elles sont victimes aux mains des hommes s’amplifieront et la loi ne les protégera pas. Le bien-être des hommes passe avant celui des femmes au point que les médias, les politiciens et les féministes elles-mêmes les confortent dans l’idée qu’ils sont des femmes, autant voire plus que les femmes elles-mêmes. C’est absurde. Comment pouvons-nous militer pour les droits des femmes sans savoir ce qu’est une femme ? Comment peut-on dénoncer les violences masculines si on les décrit comme des violences commises par des femmes ? Comment peut-on donner de la visibilité aux femmes si on laisse les hommes se faire leur porte-parole ? Comment peut-on dénoncer l’homophobie si on demande aux lesbiennes d’envisager les hommes comme des partenaires potentiels à partir du moment où ils affirment être des femmes ? Comment peut-on protéger les femmes si on est occupés à protéger leurs bourreaux ?

Quand nous rappellerons-nous de femina dans « féminisme » ?