L’alliance du mouvement LGBT et du mouvement du « travail du sexe » menace les femmes et les enfants, premières victimes de la traite sexuelle

Vendredi soir se tenait un évènement sur l’abolition de la prostitution organisé par le Mouvement du Nid et Osez le féminisme ! avec la participation de CAP International, SPACE International et en présence de l’actrice Ashley Judd, une des figures de Time’s Up. Des femmes de toutes nationalités sont venues témoigner de leur parcours pour insister sur la nécessité de l’abolition de la prostitution, à l’heure où la loi de 2016, adaptée du modèle nordique, est menacée. Créé pour la première fois en Suède en 1999, ce qu’on appelle le modèle nordique de la prostitution dépénalise la vente d’actes sexuels mais pénalise leur achat. La loi a été adoptée en France en 2016, malgré une campagne acharnée du lobby pro-prostitution.

L’évènement #ListenToSurvivors a été construit autour d’un arc narratif inédit : l’absence du sujet de la prostitution dans le sillage du mouvement #MeToo. Car si les agressions sexuelles dans le milieu du cinéma, derrière les portes fermées du foyer familial, au travail ou dans la rue ont été dénoncées en grande pompe, les médias ont vraisemblablement estimé que la prostitution est un phénomène à part entière qui ne mérite pas d’être dénoncé au même titre que toutes les autres formes d’abus sexuels. Mais comment  dénoncer les violences sexuelles sans dénoncer la prostitution ? Univers de sévices moraux et physiques répétés, elle constitue la traite planétaire la plus violente à l’égard des femmes et des enfants. L’aseptisation de plus en plus acharnée de la prostitution relègue dorénavant la traite sexuelle des femmes à des chroniques relayant la parole des lobbyistes en croisade contre le modèle nordique.

En août dernier, le meurtre de Vanesa Campos, prostituée transgenre, crée un raz-de-marée médiatique. Des associations pro-prostitution, le STRASS en tête, se servent de cette tragédie pour remettre en question le bien-fondé de la loi 2016 : les militants braquent les projecteurs sur la transidentité de Campos, en jouant de l’idée selon laquelle les femmes transgenres seraient bien plus menacées par les violences masculines que les femmes elles-mêmes, ce qui permet au lobby d’enflammer les médias alors même qu’en mai, le meurtre de Nicoleta, prostituée femme, ne fut déploré que par le Mouvement du Nid. Cette excentrique couverture médiatique qui a propulsé les associations pro-prostitution sur le devant de la scène a mené le Conseil d’État à réclamer du Conseil constitutionnel qu’il se prononce sur la conformité de la loi. Si elle est jugée non-conforme au principe de constitutionnalité, elle pourrait être abrogée.

Le STRASS, un lobby résolument queer

L’instrumentalisation de la mort de Vanesa Campos, femme trans, n’est pas le fruit du hasard. Le STRASS fut créé et porté en partie par des hommes homosexuels et travestis : Maîtresse Gilda, co-fondateur, travesti versé dans le sadomasochisme et qui a commencé la prostitution à dix-sept ans. Mais aussi Maîtresse Nikita, premier trésorier de l’association, qui s’est décrit comme une « dominatrice », ayant décidé de se prostituer en tant que travesti pour répondre au « fantasme de l’homme qui veut se faire dominer par un homme habillé en femme ».

Le STRASS est aujourd’hui composé d’autres hommes comme Jimmy Paradis, homosexuel, enfant d’une femme prostituée, qui s’est ensuite prostitué à son tour, en « perruque blonde et jupe rouge » et Thierry Schaffauser, responsable des relations internationales du STRASS, issu de l’association de lutte homosexuelle contre le SIDA Act Up. En 2007, il publie avec Maîtresse Nikita un pamphlet intitulé Fières d’êtres putes. Acteur porno, il est également connu sous le nom de Zezetta Star. Il revendiquera, au sein de son groupe militant Putes en 2006, une esthétique de la prostitution qu’il nommera « pétasserie homosexuelle » et créera une « Putes Pride ».

Schaffauser était un des porte-paroles LGBT médiatisés lors de la Marche des Fiertés, étant notamment apparu aux côtés d’Arnaud Gauthier Fawas le « non-binaire » lors d’une émission d’Arrêt sur Images ne réunissant que des hommes. Il n’y représentait non pas une association de lutte contre l’homophobie mais le STRASS. Car c’est précisément ce qu’est le Syndicat du Travail Sexuel : une création non pas du mouvement féministe mais du mouvement queer.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la lutte LGBT n’a jamais fait dans la dentelle. Les militants du mouvement de libération homosexuelle ont toujours revendiqué leur liberté dans le transgressif. C’est dans la marge de la société que le mouvement trouve dans les années 80 et 90 cette fierté que revendique Schaffauser : le mariage et la famille est alors la prérogative des hétérosexuels, un modèle sociétal à la fois inaccessible et non-désirable aux personnes homosexuelles. Les bars et les clubs de nuit sont le centre de leur vie sociale. La perversité qu’on impute à leur style de vie débridé devient un argument de résistance. Et la prostitution fait partie de cet univers.

La prostitution en tant qu’identité queer

Dans son livre The Pimping of Prostitution1, Julie Bindel explore ce rapport particulier du mouvement LGBT, en particulier des hommes homosexuels, à la prostitution. Elle ouvre son chapitre sur la « Défense queer de la traite sexuelle » avec la citation d’un homosexuel survivant de la prostitution :

Ce qu’il se passe en Russie en ce moment c’est que les gens du mouvement LGBT qui soutiennent ouvertement la légalisation de la traite sexuelle sont tous des hommes homosexuels. Ils n’ont aucune véritable expérience de ce qu’est la traite sexuelle. Le mouvement lui-même est dominé par des hommes ; ainsi, il ne reste de LGBT que le G.2 — Artem, Moscou (2016)

Bindel démontre qu’au sein de la communauté homosexuelle, la prostitution est devenue quasi-inséparable de l’homosexualité en tant qu’identité sexuelle. Les nombreux militants qu’elle interroge sur la question avancent le même argument : la répression de l’homosexualité parallèle celle de toute activité sexuelle jugée déviante. Thierry Schaffauser témoigne lui-même lors d’une rencontre avec Bindel à la Putes Pride de 2010. Il confie avoir la conviction « qu’une grande partie de la lutte pour les droits des travailleurs du sexe est liée au mouvement queer » qu’il explique ainsi :

J’ai remarqué des similitudes entre le stigma et le fait de devoir faire son coming-out ou de se cacher et une des premières choses que j’ai faites en tant que militant du travail du sexe a été d’organiser la Putes Pride. Le fait d’utiliser le concept de la fierté en ce qui concerne les travailleurs du sexe était entièrement nouveau pour la France.3 — Thierry Schaffauser, Paris (2010)

La prostitution est alors redéfinie comme une pratique sexuelle qui, au lieu d’être une exploitation, devient une forme de sexualité victime des attaques d’une société dite « bien-pensante ». L’appellation de « travail du sexe » inverse la réalité : la prostitution serait une banale activité rémunérée stigmatisée dont la répression heurte les femmes et les minorités LGBT. Parmi les intervenantes de vendredi dernier, Mickey Meji, sud-africaine et fondatrice d’un mouvement de sept cent survivantes, rappelle que le langage utilisé par le lobby pro-prostitution ne sert qu’à aseptiser la traite sexuelle : parler de « travail du sexe » maquille la prostitution comme un commerce équitable.

Comment peut-on penser le corps comme un produit, c’est-à-dire une chose, et réclamer une prostitution éthique en invoquant la « liberté d’entreprendre » ? Rachel Moran, survivante irlandaise, fait remarquer que la prostitution est la seule forme d’abus sexuels tolérée par le public, jusqu’aux politiciens, car l’argent n’est pas reconnu comme le signe d’une contrainte. Ceci permet au lobby du « travail du sexe » de revendiquer entre autres une autonomie à la fois financière et sexuelle par la prostitution.

Derrière cette campagne se cache une philosophie dangereuse, celle du mouvement « sex positive ». Ce n’est pas seulement la prostitution qu’on brandit comme une liberté sexuelle au même titre que l’homosexualité : c’est aussi le sadomasochisme, les « relations libres » et multiples, la pornographie, l’objectification de soi, les coucheries d’un soir avec des inconnus. Les pratiques sexuelles violentes, celles qui comprennent des jeux de rôle de domination et de soumission s’accompagnant souvent de coups et d’injures, et les comportements à risques pour la santé mentale et physique dans leur ensemble, loin d’être récriminés par les militants du « travail du sexe », sont célébrés entre adultes « consentants ».

Repousser les limites du transgressif sous prétexte de libération sexuelle n’est plus vraiment un moyen de résistance, c’est maintenant une véritable stratégie de recrutement. La moindre pratique sexuelle plus ou moins atypique devient une identité à part entière que l’arc-en-ciel multicolore se promet de protéger du « stigma » qui y est associé. Mais à vouloir faire accepter l’inacceptable, le mouvement queer met non seulement les femmes en danger, mais aussi sa propre communauté.

La glorification de la prostitution et son impact sur les femmes et les enfants

La prostitution pullule sur la scène commerciale homosexuelle. Une partie des hommes homosexuels que j’ai interrogés pour mon livre Straight Expectations, qui étudie la culture homosexuelle et lesbienne du passé et du présent, m’ont raconté que lorsqu’ils étaient jeunes, on attendait presque d’eux qu’ils arrondissent leurs fins de mois en vendant des actes sexuels à des hommes plus vieux. Un certain nombre d’hommes qui ne fréquentent plus les bars homosexuels m’ont dit en avoir assez de voir des publicités de jeunes hommes prostitués dans les magazines pour homosexuels.4 — Julie Bindel

Les militants du « travail du sexe » se greffent aisément au mouvement LGBT car ils bénéficient de la bienveillance d’une communauté également vulnérable : la prostitution, la pornographie, la drogue et la maladie jalonnent l’histoire du mouvement de libération homosexuelle. Kajsa Ekis Ekman, journaliste et féministe, raconte à Bindel :

Le mouvement queer est un refuge pour certaines personnes prostituées qui se sont rendues compte que si tu bois excessivement et si tu prends beaucoup de drogues, le mouvement queer ne te jugera pas. Il y a beaucoup d’autodestruction dans ce mouvement qui glorifie des expériences qui ne sont pas bonnes pour toi et il en va de même pour le mouvement homosexuel.5 — Kajsa Ekis Ekman

Bindel cite Alex Hopkins, journaliste et militant homosexuel, qui déplore ce cycle de pratiques abusives et condamne entre autres la promotion de la prostitution dans le porno gay :

La façon dont le porno gay promeut la relation entre escorte et client est révélatrice. Les scénarios se départagent généralement en deux catégories : la première est que le client est physiquement aussi attirant que l’escorte, ce qui envoie le message que vendre du sexe est un plaisir pour l’escorte.  Dans certains pornos, l’acheteur de sexe est un homme bien plus baraqué, plus dominant, qui émascule le prostitué, un homme généralement plus petit et bien plus vulnérable. C’est une fétichisation de la domination.6 — Alex Hopkins

Un des aspects les plus tragiques de cette glorification de la prostitution concerne les mineurs. Bindel compile plusieurs textes par des académiciens ou des militants homosexuels pour qui le lien entre « travail du sexe » et homosexualité est si naturel que la prostitution et l’abus de jeunes homosexuels par des hommes adultes ne leur apparaissent pas comme tels. Encore une fois, le « stigma » de la prostitution est invoqué comme la première cause de violence à l’encontre des personnes prostituées, même quand ces personnes sont des mineurs. Selon Bindel, ces homosexuels, « libertins, ne comprennent pas ou refusent de reconnaître que la dynamique de pouvoir qui existe entre les hommes et les enfants penche en faveur des premiers »7.

Parmi les membres du STRASS, Maîtresse Gilda raconte que quand il a commencé à se prostituer à l’âge de dix-sept ans, cela ne lui a « pas déplu » mais lui a au contraire « procuré indépendance et autonomie financière ». Selon lui, « quinze ans de tapin, ça vaut bien quatre ans de psycho [et] on en apprend plus sur la nature humaine. » Dans un entretien avec le Chronicart en mai 2007, Maîtresse Nikita, de son vrai nom Jean-François Poupel et prostitué dès l’âge de quinze ans, affirme qu’un des aspects positifs de la prostitution est de « donner du plaisir à [ses] clients. » Lui aussi considère la prostitution comme une sexualité, en faisant un parallèle étrange avec le handicap : « Au même titre que les handicapés mentaux, nous n’avons pas le droit de choisir notre sexualité. »

Vendredi soir, Maïté, une survivante belge, a aussi fait le lien entre pédocriminalité et proxénétisme en évoquant des femmes abusées sexuellement dans leur enfance et s’étant tournées vers la prostitution à l’âge adulte. « Si j’insiste autant entre enfance fracturée et femmes vendues, c’est que ce lien est trop souvent oublié des politiques. L’État est complice par son silence. » Quelques mois après le rejet d’une loi en France qui aurait défini un seuil de consentement sous lequel tout acte sexuel avec un mineur eût été présumé non-consenti, cette réalité évoquée par Maïté résonne fort.

Les abus sexuels sur mineurs ne sont ni rares ni le fait de marginaux. Ils sont commis le plus souvent par des membres ou des amis de la famille. Maïté elle-même est tombée dans un réseau de jeunes filles et femmes entre quinze et vingt ans après avoir subi des abus sexuels à l’âge de neuf ans, des violences qu’elle tentera d’apaiser par la drogue pendant huit ans. « Ce n’est pas la prostitution en elle-même qu’il faut combattre, mais avant tout, tout ce qui la rend possible, » avance-t-elle. L’âge moyen de l’entrée dans la prostitution dans le monde est de treize ans et la traite sexuelle concerne principalement les femmes et les filles. Beaucoup d’entre elles sont prostituées par leur propre famille : « Je pense à Régina, vendue par sa grand-mère de deux à quatorze ans dans un réseau qui organisait des orgies, » exemplifie Maïté.

Quand le lobby queer du « travail du sexe » s’oppose à la pénalisation des hommes qui obtiennent des femmes des actes sexuels par la contrainte de l’argent, il s’oppose aussi à la pénalisation des pédocriminels qui exploitent sexuellement des mineurs. Dans son livre, Bindel détaille sa rencontre en Australie avec un ancien policier devenu détective qui lui révèle un terrible dysfonctionnement de la dépénalisation totale de la prostitution : les hommes parviennent à échapper à des poursuites pour viol sur mineures car de nombreuses enfants prostituées sont vendues comme des adultes au regard de la loi. Bindel évoque entre autres le cas d’une enfant de douze ans vendue à une centaine d’hommes par une petite annonce la décrivant comme une jeune femme de dix-huit ans8. Ce n’est qu’une des nombreuses failles de la dépénalisation censée protéger les « travailleuses du sexe ».

L’esthétique féminin dans la prostitution : travestis et femmes transgenres

J’avais quinze ans la première fois que j’ai visité Merchant Street, ce que certains appelleraient « la promenade » pour les femmes trans impliquées dans le travail du sexe de rue. À l’époque, je débutais tout juste ma transition médicale et c’était un endroit où les jeunes filles, comme mes amies et moi-même, sortaient pour aller flirter et s’amuser avec des mecs et socialiser avec des femmes trans plus âgées, les légendes de notre communauté […] Ces femmes étaient les premières femmes trans que je rencontrais et j’ai rapidement associé la féminité trans au travail du sexe.9 — Janet Mock

Un certain nombre de femmes trans, comme la militante Janet Mock, sont incapables de dissocier la prostitution de leur sexualité, leur couleur de peau, leur situation financière ou leur désir d’appartenir au sexe opposé10. La vente d’actes sexuels est perçue comme une « identité » au même titre que leur transidentité, tout comme elle est perçue comme une identité sexuelle au même titre que l’homosexualité. Au lieu de considérer la prostitution comme un danger pour les populations fragiles, ces militants du mouvement queer assimilent la prostitution à des facteurs de vulnérabilité sociale incontrôlables comme la couleur de leur peau ou leur sexualité. C’est profondément perturbant : cet argument suggère que la prostitution est inévitable et que, parce qu’elle est inévitable, les populations les plus susceptibles d’être touchées par la précarité sont irrémédiablement condamnées à se construire par la prostitution.

Cette vision fataliste de la prostitution chez les hommes travestis et les femmes transgenres semble être façonnée par une idée de la prostitution indissociable de l’idée de la « féminité » décrite par Mock. La prostitution des hommes, homosexuels ou non, a ceci de spécifique qu’elle repose en partie sur la fétichisation de l’apparat féminin : la sexualisation du corps des femmes transcende le sexe féminin au point qu’un homme revêtant des bas en résille et des talons stimule spécifiquement le désir de la gent masculine elle-même. Il n’est pas rare que des hommes mariés, selon toute vraisemblance hétérosexuels, s’aventurent dans les rues à la recherche d’un prostitué en jupe coiffé d’une perruque ; ils désirent des rapports avec un homme mais un homme qui ressemble à une femme. Une des premières personnes prostituées à avoir pu sortir de la prostitution grâce à la loi 2016 était un homme, Karim, travesti, qui a découvert la prostitution au Bois de Boulogne par le biais de « copines travesties » avec qui il se maquillait et s’apprêtait avant de descendre dans la rue. En 2013 a été démantelé un réseau de prostitution de jeunes garçons travestis qui se voyaient proposer des opérations de chirurgie esthétique par leur proxénète avant d’être mis sur le trottoir. Habillement, chirurgie plastique : plus le prostitué ressemble à une femme, plus il sera désirable auprès des hommes.

Le lien entre les militants transgenres et les groupes lobbyistes pro-prostitution est souvent expliqué par l’idée que beaucoup de femmes trans entrent dans la traite sexuelle parce qu’elles sont exclues du marché du travail. J’aimerais suggérer une autre raison : l’identité des femmes trans repose en partie sur la nécessité de s’hyper-sexualiser. Car il n’y a rien de tel qu’une « femme naturelle », il ne peut y en avoir qu’une image idéalisée et cette image est créée par le regard masculin.11 — Julie Bindel

Du rouge à lèvres jusqu’à la robe la plus moulante en passant par la lingerie fine, l’esthétique féminin cultivé par l’industrie de la beauté et la pornographie évoque systématiquement le désir sexuel. Les codes vestimentaires des hommes, par contraste, n’ont fondamentalement rien de sexuel. On aura du mal à trouver une femme prostituée fagotée comme une lesbienne « butch ». Les femmes se sont toujours bien plus prostituées que les hommes et l’esthétique de la prostitution est ainsi codifiée selon le désir que suscite l’idée de ce qui est féminin.

Dans son entretien avec le Chronicart, Maîtresse Nikita justige les féministes qui auraient une « vision essentialiste » de la femme. « Mais la femme, c’est quoi ? La couverture de Elle ? Nous, les putes, on n’a pas le droit de dire que nous avons librement choisi notre métier et que nous l’aimons. » Maîtresse Nikita semble avoir oublié à ce moment qu’il n’est pas une femme. Mais il est intéressant de constater à quel point les hommes homosexuels s’emparent du principe de la féminité pour revendiquer une forme de libération sexuelle qui se trouve être fondamentalement opposée à la théorie féministe, tout en se réclamant du mouvement féministe. Il n’en est rien.

L’abolition est la seule solution

Cette image résolument glamour de la prostitution que promeut le lobby du « travail du sexe » ne semble au final illustrer qu’une seule chose : la promotion de la satisfaction sexuelle des hommes, que ce soit en achetant des femmes et des filles ou bien des hommes et des garçons. Pour les femmes rescapées de cette traite qui ont parlé vendredi soir dernier, il n’y a pas de « fierté d’être pute » parce qu’il n’y a pas de fierté à être exploitée.

L’évènement #ListenToSurvivors s’est terminé par le chant spontané de l’Hymne des femmes, créé lors du Mouvement de libération des femmes dans les années 70. Pour les photos, les femmes du public, la plupart jeunes, ont levé le poing en l’air. Devant moi, quatre femmes âgées ont choisi un autre symbole : celui du triangle, symbole du sexe des femmes, également répandu dans les années 70, dont j’ai déjà évoqué l’importance, mais qui a pratiquement disparu depuis. J’ai alors troqué mon poing mécanique pour ce triangle, tristement méprisé par la frange « inclusive » du mouvement qui n’admet plus que le sexe des femmes est la raison précise pour laquelle elles sont victimes de violences sexuelles : harcèlement de rue, violences conjugales, pornographie, mutilations génitales et bien sûr, la prostitution, parmi tant d’autres encore.

Les témoignages des survivantes doivent nous faire comprendre que les sociétés ne peuvent pas continuer à tolérer la traite sexuelle des femmes et des filles pour le gain et la gratification des hommes. Qu’on ne peut pas « réglementer » la prostitution pour éviter les abus et l’exploitation des femmes quand le principe même du système prostitutionnel repose sur l’abus et l’exploitation des femmes mais aussi, évidemment, des enfants. Nous devons comprendre que l’abolition est la seule solution. Et que le mouvement du « travail du sexe » et le mouvement queer ne sont certainement pas les alliés des femmes pour lesquels il veulent se faire passer.

  1. Tous les extraits cités sont traduits librement.
  2. The Pimping of Prostitution, Julie Bindel (2017) p.277
  3. Bindel (2017) p.292
  4. Bindel (2017) p.300
  5. Bindel (2017) p.288
  6. Bindel (2017) p.289-290
  7. Bindel (2017) p.297
  8. Bindel (2017) p.298
  9. Bindel (2017) p.283
  10. Bindel (2017) p.284
  11. Bindel (2017) p.287