[Critique] Le grand mystère des règles, Jack Parker ou comment effacer les femmes du féminisme

Jack Parker est une ancienne rédactrice pour le site féminin MadmoiZelle. Elle a créé un site web il y a quelques années intitulé Passion Menstrues pour discuter du cycle ovarien et du tabou entourant les règles. Ce travail a fini par aboutir à la publication d’un livre sur le sujet, Le grand mystère des règles. Formation MadmoiZelle oblige, on retrouve dans sa plume le style adoré par la rédaction, une plume jadis décrite sur sa page de postulat comme « aussi légère et douce que du St-Morêt ». Aussi peu consistante, également. Car si depuis sa création, le webzine tire sa popularité de son argument féministe, en réalité, « MadmoiZelle, sans le féminisme, ça serait Léa Passion Journalisme, » m’a fait une fois remarqué une amie.

Si la pauvreté journalistique de MadmoiZelle devait se résumer à un article, ce serait celui-ci. Par son manque de rigueur dans la définition et la critique des termes et des idées proposés au public général, le magazine demande d’adhérer à une idéologie pseudo-féministe se posant comme vérité absolue, ceci à l’aide d’une écriture dite « inclusive » qui, par son biais politique et son application ridiculement laborieuse, tombe déjà dans l’oubli. MadmoiZelle ne s’adresse qu’aux convaincus, et Jack Parker, hélas, fait de même. Dans une « note sur le vocabulaire employé dans le livre » après l’introduction, elle jette ces quelques obscures remarques :

Comme vous le remarquerez très vite, j’ai essayé, autant que possible, de ne pas genrer mon discours. C’est, dans un premier temps, pour insister sur le fait que ce livre s’adresse à tout le monde et n’est pas un ouvrage « de femme, pour les femmes » comme on pourrait s’y attendre sur un tel sujet, mais surtout pour inclure toutes les personnes qui sont concernées par les règles.

Il ne suffit pas d’avoir un utérus en état de fonctionnement pour être une femme. Beaucoup de personnes naissent avec un utérus sans se sentir femme, et d’autres naissent avec un pénis sans se sentir homme. On peut donc avoir ses règles sans être femme, et être femme sans avoir ses règles. Les règles ne sont pas qu’une « question de bonne femme », comme on a tendance à l’entendre un peu partout. Le sujet est plus vaste, le nombre de personnes concernées aussi, et tout ça ne se réduit pas qu’à une question de genre. Il ne suffit pas d’avoir ses règles pour être visé d’une manière ou d’une autre par le sujet – quand on essaye d’avoir un enfant, quand on doit en élever un, quand on doit rendre service à une personne qui a ses règles, les possibilités sont multiples. J’ai fait de mon mieux pour ne pas trop insister sur l’aspect strictement féminin des règles, mais, comme vous le verrez, certains sujets m’y ont un peu obligée et je n’ai pas toujours réussi à faire autrement. J’espère que personne ne se trouvera heurtée par mes propos.

Une féministe qui s’excuse de parler de la santé des femmes : on croit rêver.

Insensible à l’ensemble des français qui achèteront peut-être son livre, Jack Parker emploie des termes ambigus empruntés à l’anglais : elle parle de « genre » et emploie la vulgaire forme verbale qu’on en tire, « genrer ». Cette notion nébuleuse et non-définie de « genre » restera tout aussi incomprise auprès des adolescents que des adultes les plus reculés de ces marécages politiques, du moins, ceux qui se tiennent éloignés des plateformes militantes douteuses aux mille et un acronymes « inclusifs » comme Tumblr ou Twitter… Pour eux, l’idée que l’on puisse « avoir ses règles sans être femme » leur scindera proprement le crâne en deux, et pour cause. Elle est tout bonnement insensée.

Depuis plusieurs années, le mouvement transgenre s’échine à vouloir imposer une définition de la femme qui ne repose non pas sur sa réalité matérielle (son sexe) mais sur une idée de ce qu’elle peut être. Sans clarifier ce qu’elle entend par « se sentir femme », Jack Parker transforme la femme en abstraction définissable au bon vouloir de tout un chacun. Mais comment peut-il exister un nom commun pour un objet qui n’aurait nulle caractéristique commune ? Qu’est-ce que le « sentiment d’être femme » quand être femme ne relève pas d’un ensemble de critères définis ? Si tout le monde peut se sentir femme, alors être une femme ne veut rien dire.

C’est ce non-sens qui caractérise tout entier l’ouvrage de Jack Parker. Pour éviter de froisser la populace qui « se sent femme » en vertu du moi unique et singulier, l’autrice arrache aux femmes leur légitimité à parler de leurs corps spécifiquement en tant que corps de femme. Alors au lieu de parler de femmes, Jack Parker parle de « personnes menstruées/réglées », de « personnes concernées », de « nombreux enfants et jeunes ados » (évitons soigneusement d’employer « adolescents » ou « adolescentes », ça ne serait pas inclusif !) et affirme que « de nombreuses personnes passent des décennies, voire des vies entières, à en souffrir en silence, sans savoir que ce n’est pas normal ».

La périphrase est parfois poussée : « Les premières règles sont un merveilleux rite de passage qui s’impose chez toutes les personnes ayant eu l’immense bonheur de naître avec un utérus. » Cette galipette linguistique autour de l’utérus est répétée maintes fois : « Il est grand temps que ce tabou rejoigne le clan des reliques […] qu’on possède un utérus ou non » ; « […] personnes pourvues d’un utérus en état de fonctionnement » ; « […] personne qui a un vagin et un utérus fonctionnel ». Le malaise s’approfondit de page en page, l’autrice s’enfonçant dans l’absurde, jusqu’à oser cette perle : « Vous possédez un utérus, vous avez accouché d’un enfant ayant lui-même un utérus […] ».

Pour donner l’illusion de la diversité par cet amour immodéré de « l’inclusif », elle va jusqu’à imaginer une ligne de dialogue accordée au masculin : « Pendant mon syndrome prémenstruel, j’ai tendance à être plus agressif que d’habitude. » C’est de loin le pire péché du livre : Jack Parker s’acharne à détacher le cycle ovarien et l’enfantement de toute notion dite « féminine ».

Dans sa note, elle prévenait : « J’ai fait de mon mieux pour ne pas trop insister sur l’aspect strictement féminin des règles, mais, comme vous le verrez, certains sujets m’y ont un peu obligée et je n’ai pas toujours réussi à faire autrement. » Ainsi, dans la deuxième moitié du livre, elle consacre une partie à la perception des règles à travers l’histoire. En effet, la tâche complique son inclination à l’égard du mouvement transgenre : le concept de l’identité de genre n’existait pas avant la fin du XXème siècle. Au lieu d’employer des tournures alambiquées de « personnes menstruées » ou « ayant un utérus » en des temps antiques, Jack Parker n’a alors pas d’autre choix que de désigner le véritable sujet de son travail : les femmes. Elle étudie le principe de la fertilité féminine d’un point de vue mythique, religieux et social, rappelant ironiquement que seules les femmes peuvent porter un enfant.

Ce paradoxe entre ces deux approches souligne la fausse obligation morale que s’inflige l’autrice en s’astreignant, malgré tout bon sens, à faire plaisir à une minorité vocale qui ne cesse de réclamer qu’on refaçonne la réalité pour l’accommoder au moyen d’une langue fasciste. Jack Parker veut « inclure » les personnes transgenres dans son discours, c’est-à-dire qu’elle est prête à mentir en leur faveur pour les conforter dans leur fadaises, mais une petite voix lucide la ramène ici et là invariablement vers la vérité : que ses « personnes réglées » ne sont ni plus ni moins que des femmes. Mais en refusant d’appeler les femmes des femmes, en y substituant des tournures comme « personnes possédant un utérus » ou toute autre loufoquerie langagière, les militants de ce courant réfutent l’argument principal du féminisme : que les femmes sont victimes de violences et d’injustices parce que ce sont des femmes.

Cette évidence se révèle malgré l’autrice dans tous les passages où elle discute de la situation des femmes dans les pays les moins développés : que diraient ces femmes mariées de force à quatorze ans, excisées, défigurées à l’acide, si une femme française, européenne comme Jack Parker leur soutenait qu’un individu de sexe masculin peut être une femme au même titre qu’elles, comme si le terme de « femme » n’était qu’un costume d’appartenance identitaire, qu’elles ne se définissent comme telles que parce qu’elles le veulent bien ? Jack Parker prend soin, à d’autres occasions, d’évoquer sa position de femme occidentale comme celle d’une femme privilégiée, et s’inquiète qu’on perçoive cette position comme « une critique occidentale d’une culture qui [lui] est étrangère ». Elle a raison : il n’y a que les sociétés prospères pour s’inventer des problèmes. Les femmes dont parle Jack Parker ne descendent pas dans la rue pour scander qu’il existe des hommes avec des vagins et des femmes avec des pénis. Elles savent que c’est faux.

Les arguments historiques et culturels qui permettent à l’autrice de développer son analyse sur la question de la fertilité de la femme et de son rôle de mère sont trop peu riches, mais ils donnent lieu à un commentaire intéressant en cela qu’il tient plus du masochisme que de l’analyse féministe. Jack Parker veut détacher les femmes de leur corps, en premier lieu, donc, de l’enfantement.

D’un point de vue strictement féministe, c’est une évidence : étant considérées comme une fonction uniquement féminine, les règles représenteraient donc le prétexte ultime pour justifier l’infériorité de la femme […].

Et, concernant les cultures qui célèbrent les premières règles des filles :

On célèbre la fertilité des filles, pas leurs règles. On célèbre leur capacité à pouvoir remplir le rôle qui leur a été assigné à la naissance : celui de mère.

C’est pourtant un fait, et Jack Parker au fond le sait : la menstruation est bel et bien un phénomène féminin. Quel sens aurait la célébration des règles des femmes si ce n’était en rapport à leur fertilité ? Car c’est bien la fonction du cycle ovarien que de permettre au corps des femmes de porter un enfant. Enfanter n’est pas un « rôle assigné à la naissance », mais la fonction reproductrice des femmes. Selon les époques, les sociétés et les cultures, cette fonction a déterminé la place et le rôle des femmes. C’est précisément pourquoi la féministe évolutionniste auto-proclamée Peggy Sastre en fait son cheval de bataille, toute jouasse à l’idée d’un futur transhumaniste où les bébés ne se développeraient plus dans le ventre des femmes mais dans leur salon. Mais être mère n’est aliénant que si les femmes s’enferment dans une conception de la maternité qui ne leur accorde aucun autre valeur sociale.

Derrière ces assauts sur le corps féminin se cache un curieux paradoxe commun à de nombreuses féministes aujourd’hui : leur refus d’être des femmes.

De nombreuses féministes se montrent également allergiques à toute manifestation d’un trait catalogué comme « féminin », au risque de redoubler la disqualification de celui-ci par l’ordre dominant. Bordo parle d’une « panique de l’essentialisme » – panique à l’idée d’« être identifiée à des aspects marginalisés et dépréciés de l’identité féminine » –, qu’elle juge injustifiée. Au contraire, dit-elle, il faut, quand c’est possible, affirmer cette identité dans les cercles de pouvoir de tous ordres ; car ces cercles, qu’il s’agisse du monde politique ou des lieux de travail, demeurent imprégnés d’une culture masculiniste qui les rend tout sauf accueillants pour les femmes. Cela ne revient en rien à célébrer une prétendue « vérité du corps féminin », mais à assumer et à fortifier des imaginaires de l’altérité, dotant ainsi la démarche féministe d’un point d’appui indispensable. « Sans imaginaires (et incarnations) de l’altérité, à partir de quel point de vue pourrions-nous rechercher une transformation de la culture ? Et comment construire ces imaginaires et ces incarnations, si ce n’est par une alliance avec ce qui a été réduit au silence, réprimé, dédaigné ? » Ces imaginaires de l’altérité devraient être prêts à accueillir tout ce que la culture officielle rejette, c’est-à-dire à la fois le bagage hérité de la domination, quand certaines choisissent de le revaloriser et de le revendiquer, et les pratiques et affirmations qui bousculent et contestent – parfois avec virulence – ce même héritage.  — Mona Chollet, Beauté Fatale (2012)1

Cette panique de l’essentialisme est ce qui dirige le discours identitaire transgenre aujourd’hui. Il vise à déconnecter les femmes de leur histoire, de leur corps, de leur culture, ceci face à un nouvel ordre qui place l’individu et sa petite personne au centre du social, paradoxe suprême pour un mouvement qui emprunte son discours politique au socialisme : il postule que les femmes constituent une classe, mais les féministes qui soutiennent le discours transgenre ne veulent plus être des femmes ; elles haïssent leur corps et la culture qui s’est construite autour de ce corps précisément parce qu’il les a confinées à des rôles auxquels elles pensent ne jamais pouvoir échapper, allant ainsi jusqu’à se défaire du terme même de « femme ». Comme Mona Chollet explique :

Les préoccupations auxquelles les femmes ont été assignées n’ont, en elles-mêmes, rien d’aliénant ni de réactionnaire. Elles peuvent même représenter un atout indéniable, car elles offrent un regard sur le monde différent de la vision dominante. Elles deviennent cependant aliénantes lorsque les femmes y sont cantonnées et se voient refuser, ou se refusent à elles-mêmes, l’accès à des prérogatives masculines ; mais aussi lorsque ces centres d’intérêt sont récupérés par le complexe mode-beauté, seul à leur offrir une possibilité d’expression.

Dès lors, au lieu de ré-imaginer leur place sociale en tant que femmes, ces féministes préfèrent se débarrasser de toute idée du féminin en ce qui les concerne, pour ne plus être « l’autre sexe ». Elles accueillent à bras ouverts les hommes qui se tordent les chevilles sur des talons et enfilent des robes à fleur, trop heureuses de croire qu’ils leur apportent leur salut en s’appropriant la culture qui les enchaîne : le féminin étant l’ennemi à abattre, si le maquillage esthétique et les robes ne sont plus l’apanage des femmes, alors ces choses ne peuvent plus être considérées comme strictement féminines.

L’inverse est aussi vrai. Durant le récent débat sur l’installation des urinoirs pour hommes à Paris, les femmes se sont vues proposer le pisse-debout, un cône en papier ou en silicone qui leur permet d’uriner comme les hommes, malgré ses difficultés pratiques : on a intérêt à bien se le caler si on veut éviter de se souiller (surtout quand on a un coup dans le nez !). Certaines féministes réclament la fin de la non-mixité dans le domaine du sport, au mépris des différences physiologiques qui désavantagent les femmes dans de nombreuses activités, en particulier les sports de contact.

Ces féministes qui ne supportent aucune différence entre l’homme et la femme, qu’elle soit biologique, culturelle ou sociale s’infligent un complexe d’infériorité qui, loin de résoudre les injustices qu’elles prétendent combattre, ne vise qu’à imiter les hommes. Elles veulent pisser debout, les battre à la boxe, les rejoindre à la guerre, coucher comme eux et diriger comme eux. Elles veulent être leurs égales en ce sens qu’elles veulent être des hommes et enterrer leur propre culture, qu’elles portent comme un fardeau. Ce féminisme de l’égalité, loin de défier le système, réclame d’accéder à ses commandes, quitte à maintenir les injustices qu’il engendre :

De génération en génération, les femmes se sont en effet constitué bien malgré elles une culture partagée, officieuse, illégitime. Certains objets de préoccupation leur ont été assignés par l’ordre social ou ont été portés à leur attention par leur condition de dominées. C’est la théorie de la philosophe Séverine Auffret : « Au fil de l’histoire, les femmes ont développé une culture particulière, qui tient au rôle qu’on leur a donné, aux positions dans lesquelles on les a cantonnées – un peu comme les esclaves ont été amenés à développer certaines valeurs qui n’étaient pas celles des maîtres, ou comme le prolétariat, lui aussi, s’est constitué une culture propre, de résistance à la culture dominante. Il me semble qu’il y a là une richesse qui ne doit pas être reniée, mais, au contraire, revendiquée. » Christine Bard, elle aussi, l’affirme implicitement lorsqu’elle place en exergue de Ce que soulève la jupe cette citation de Virginia Woolf : « Quand une femme se met à écrire… elle constate sans cesse qu’elle a envie de changer les valeurs établies : rendre sérieux ce qui semble insignifiant à un homme, rendre quelconque ce qui lui semble important. Et naturellement, la critique l’en blâmera. »

Toujours pour minimiser l’impact du corps dans la construction de la femme, dans une partie intitulée « Devient-on une femme quand on a ses règles ? », Jack Parker réfute tout argument de lien entre « devenir femme » et avoir ses règles, même si elle admet que le phénomène provoque divers bouleversements physiologiques, cependant « pas nécessairement sur le plan cérébral ». C’est aller un peu vite en besogne. D’un point de vue « cérébral », premièrement, les hormones influent sur le cerveau. Mais si on laisse un instant de côté la chimie, sur le plan mental, psychologique, l’autrice a beau évoquer le nouveau regard des hommes sur les jeunes filles ou les mises en garde des mères qui s’inquiètent de voir leurs filles tomber enceinte, elle échoue à comprendre en quoi les changements environnementaux qui accompagnent ces bouleversements physiologiques façonnent les femmes.

En n’élargissant pas son analyse à la puberté dans son ensemble (l’élargissement des hanches, le développement de la pilosité et des seins, etc.), elle ignore une réalité complexe : que les adolescentes deviennent des femmes et que la difficulté de cette transition réside dans cet aller simple pour l’âge adulte qui commence et se termine entre l’âge de dix et vingt ans : une décennie ! On ne peut évoquer les règles sans évoquer tous les aspects de la maturité sexuelle qui se développent parallèlement tout le long de cette période ; une période durant laquelle le clivage entre les sexes s’exacerbe et où les filles découvrent qu’effectivement, leur corps détermine le regard qu’elles portent sur le monde et le regard qu’on porte sur elles. Apprivoiser un nouveau corps face à de nouveaux comportements sexuels, faire face à des interdits et des attentes, font partie de cette culture que les femmes se sont constituée en tant que femmes, c’est-à-dire par rapport à leur sexe.

La position ambiguë de Jack Parker quant à l’altérité de ce sexe s’incarne tragiquement dans le choix de la couverture de l’ouvrage où figure une illustration du triangle, un symbole féministe du sexe des femmes. Ce symbole utilisé par la deuxième vague du mouvement a perdu de sa popularité car, bien évidemment, il déplaît aux femmes transgenres. Durant la Women’s March à Washington l’an dernier, des militantes se sont parées du « pussy hat », un bonnet rose pourvues d’oreilles de chat, afin de se mobiliser contre Donald Trump, dont la sortie sexiste la plus célèbre avait fait le tour des médias.

Des féministes mettaient alors en relief le sexe de la femme dans des slogans et diverses créations. Le mouvement transgenre s’est évidemment empressé de protester contre un symbole qui ne les incluait pas, un symbole qui, en réalité, leur rappelle que les femmes transgenres ne sont pas des femmes. De nombreux militants appellent à l’abolition de ce symbole et toute évocation des organes génitaux féminins en tant que symbole de la lutte féministe est systématiquement critiquée sur les réseaux sociaux, le sexe de la femme en tant qu’image féministe étant considérée comme transphobe. Bien que Jack Parker décide de mettre les femmes en périphérie de son sujet sur les règles, il n’y a ironiquement pas de meilleur symbole pour illustrer son ouvrage…

Le refus de l’autrice d’associer le corps des femmes à toute idée du féminin, à toute idée de l’autre, au lieu de libérer les femmes, ne renforce que leur aliénation par rapport à ce corps. Il n’y en a aucune réappropriation possible puisqu’il est dissocié d’une vérité immuable : les femmes naviguent le monde d’une toute autre façon que les hommes. Le grand mystère des règles, s’il n’était pas trop occupé à effacer les femmes, aurait pu les armer de confiance, réaffirmer leur différence non pas dans la subordination mais dans une revalorisation saine de leur corps et des valeurs qu’elles ont acquises. Tant que les féministes se borneront à détruire toute idée du féminin, elles ne pourront pas ré-imaginer une société où l’achat et la vente du corps des femmes et les violences commises sur ce corps ne sont plus tolérées.

  1. http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=149