Le harcèlement de rue et les agressions publiques doivent être sévèrement punis

L’espace public appartient aux hommes. Lors de la finale de la Coupe du Monde, des milliers de femmes ont été victimes de la liesse des supporters masculins qui ont pris les rues d’assaut. Les dégradations matérielles ont été dénoncées, mais les agressions sexuelles des femmes n’ont pas suscité beaucoup d’indignation ; les forces de l’ordre présentes sur les lieux n’ont visiblement pas daigné bouger le petit doigt et il n’y a pas eu de suites. Si le gouvernement était si conscient qu’il le prétend de ce dont les femmes sont victimes dans l’espace public, il aurait anticipé le phénomène et déployé les effectifs nécessaires à la protection des femmes.

Le 24 juillet, une femme a été agressée dans la rue, à Paris et en plein jour. Elle a publié la vidéo de son agression à partir d’une caméra de vidéosurveillance d’un bar devant lequel elle se trouvait quand elle a été frappée au visage par son agresseur. La raison ? Elle avait osé répondre à une attaque verbale à caractère sexuel. Quand l’homme entend Marie répondre à ses provocations par un « Ta gueule », il revient vers elle et la gifle violemment.

Ces agressions dans l’espace public n’ont rien de rare ou d’exceptionnel (dans le cas des rassemblements publics comme ceux de la finale de football). Quand j’avais quatorze ans, j’ai vu une femme se faire poursuivre par son compagnon et jeter contre une voiture, maintenue là pendant que l’homme lui hurlait au visage. Il y a quelques années, dans le métro, une adolescente giflée par un garçon de son âge qui était en bande. J’ai moi-même échappé à une éruption après avoir répondu un simple « C’est ça » après un commentaire déplacé. Un parmi des milliers.

Sur les réseaux sociaux, les femmes apportent leur soutien et témoignent, encore et toujours, de ces agressions, verbales, physiques, que les hommes leur conseillent d’encaisser en silence au lieu de vouloir « jouer les bonhommes ». Rationalisation, justification, théorie du complot, minimisation. Tous les arguments sont bons pour prendre le parti de l’agresseur.

 

 

Même quand ils ont sous les yeux les preuves qu’ils réclament tant, les hommes choisissent de les interpréter en faveur de l’agresseur.  Si le débat sur le harcèlement de rue a prouvé quoique ce soit cette année, c’est que la libération de la parole ne sert pas à changer l’opinion publique, les preuves non plus. Les femmes parlent depuis des décennies ; les hommes s’en foutent.

Sera votée cette semaine une loi permettant aux agents de police de verbaliser le harcèlement de rue, l’amende pouvant aller de 90 à 750 euros. Elle devrait être effective dès l’automne. Plus pointilleuse que la loi actuelle condamnant les injures et les agressions physiques sur autrui, la loi prévoit de verbaliser les atteintes spécifiquement sexistes dans l’espace public : sifflements, commentaires à caractère sexuel, suivre une femme, ces choses-là seront passibles d’une amende plus ou moins élevée selon l’infraction relevée. Bien évidemment, cette mesure pose des difficultés d’application concrète. Le cabinet de Marlène Schiappa doit définir les infractions constituant une forme de harcèlement sexiste et donner les moyens nécessaires à la police de reconnaître ces infractions. Schiappa insiste sur le rôle-clé des témoins et, comme le démontre le cas de Marie (qui ne constitue pas une infraction mais un délit, ceci dit), les vidéo de surveillance apportent également des preuves matérielles cruciales.

Une campagne accompagnera la création de cette infraction. Dans le rapport du groupe de travail réuni par Schiappa autour de la mise en place de cette loi, le cabinet propose l’imposition d’un stage contre le sexisme dans le cas de certaines infractions et des interventions de prévention basées sur le modèle de la sensibilisation à la sécurité routière. Rien n’est encore certain, cependant, et on ne sait pas exactement en quoi consistera cette campagne ni comment les sanctions seront appliquées. Mais une chose est certaine : les campagnes ne changeront pas les rapports entre les hommes et les femmes du jour au lendemain. Elles posent un interdit social, mais cet interdit doit être cimenté par de véritables conséquences : les amendes, donc, mais aussi de la prison ferme et l’obligation de suivre un programme de réinsertion sociale axé sur le respect des femmes. Les hommes doivent constater qu’ils ne peuvent plus agresser les femmes en toute impunité. Cessons de vouloir simplement les convaincre de ne pas agresser. Punissons-les.