Le féminisme est mort

Ou presque.

C’est une folle époque que vit le féminisme du XXIe siècle. Une époque où l’on entend dire que « le féminisme est pour tout le monde », qu’il est « inclusif », que le féminisme est pour « toutes les femmes », y compris celles qui n’en sont pas mais qui brandissent leur titre de féminité au nom de l’identité individuelle, qu’il doit lutter pour toutes les minorités, les noirs, les réfugiés, les handicapés, les homosexuels, les « non-binaires », les asexuels, les femmes trans et les extraterrestres. Le féminisme est devenu la paroisse de charité du coin où tous les éclopés de la vie se réunissent pour gueuler sur la société. Pour le principe de la transgression, il est devenu la poubelle de la justice sociale, une corbeille d’idées prenant pour sujet tous les marginaux possibles sauf les seules concernées.

Au lieu de prôner la libération, le féminisme est devenu pro-choix jusqu’au bout des ongles. Le choix de la prostitution, le choix du voile, le choix de la pornographie, le choix du sadomasochisme. Il profite aux hommes de gauche qui se déculpabilisent de potentiellement regarder des viols filmés quand ils téléchargent du X parce que « peut-être qu’elle l’a choisi » au prétexte de la liberté sexuelle. Ils se disent qu’une femme étranglée, ce n’est pas grave, tant qu’elle consent. La suprématie de l’individu sur la classe et la société domine le discours, le communautarisme justifie le relativisme culturel. Les questions d’éthique sont balayées sous les drapeaux multicolores de l’égalité, qui ne se fonde plus tant sur le droit humain que sur le désir d’acquérir ce qu’a son voisin et de jouir de tout ce que la société prospère peut offrir.

L’analyse féministe actuelle s’esquinte à contenter tout le monde, au détriment de celles pour qui le mouvement est né. Adepte de non-sens, ce féminisme n’éprouve aucune honte à affirmer que le sexe est assigné plutôt que constaté et n’est femme que la personne qui en éprouve le vague sentiment. Épris d’anglicismes, ce féminisme se pare d’une obsession pour la « validation » (valorisation) de l’individu qui n’attend que son tampon d’approbation, allergique qu’il est à la moindre offense de l’ego, un discours répandu comme une traînée de poudre par des internautes confondant bien trop souvent « oppressé » et « opprimé ». Le souffle leur manque, sans aucune doute.

La troisième vague du féminisme a régressé dans ses positions et sa réflexion. Pétrie de contradictions, elle tente d’ignorer son passé, ses principes fondateurs, jusqu’à simplifier l’histoire, à travestir la violence en oppression choisie. Militante mais peu analytique, elle n’est dirigée que par le culte de la transgression et la différence au lieu de vouloir rassembler, trop préoccupée par « l’acceptation » de la moindre particularité et le démantèlement de la langue française, comme si le point médian était notre salut. C’est une vague qui, à terme, ne peut que noyer les femmes.

Il est temps de revenir à la racine du féminisme : les femmes sont opprimées au moyen de leur sexe (leur capacité reproductive), et leur libération ne peut se faire qu’en s’opposant à l’exploitation de leurs corps de femme. C’est là le principe absolu du concept du féminisme, celui qui doit diriger l’analyse féministe. Car il est pour les femmes, toutes les femmes, et seulement les femmes.